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Akchour

jeudi 2 octobre 2014
par lamalif , lameti Mohamed
popularité : 1%

A l’entrée des gorges d’Akchour, on est accueilli par de splendides chutes d’eau qui déferlent comme un rideau argenté en amont de la crête de couronnement d’un petit barrage. Avant l’édification de ce bel ouvrage, il y a quelques années, l’eau coulait à grands flots entourée par un amas de lauriers sous un pont en pierres brutes. Des deux côtés des gorges s’élèvent des falaises imposantes. Au sommet de l’une d’elles on distinguait des traces d’une couleur rouille rougeâtre qui descendaient en bandes parallèles comme des pleurs sur plusieurs dizaines de mètres le long de la paroi rocheuse. Cette altération due à l’érosion a enfanté un mythe que nous a rapporté, sur un ton assuré, un vieil homme au visage buriné brulé par le soleil. C’était les restes de coulées de miel géantes à une époque où les ruches naturelles pullulaient dans les crevasses de la falaise. Lors de ma première visite à Akchour, je fus ébloui par la beauté de la nature sauvage où la montagne, l’eau et la forêt se confondaient dans une symbiose parfaite.

Un escalier étroit sert de point de départ pour entrer dans l’univers des gorges. Après l’avoir remonté le visiteur voit à ses pieds un bassin immense formé par la retenue des eaux du barrage. Reflétant l’apanage de son environnement, l’eau verdâtre, calme et transparente semble se reposer avant de se déverser rageusement au dessus du barrage. Sur la berge des gens se délassaient à l’abri de parasols déployés sur une grande esplanade. Avant de s’enfoncer dans la forêt on passe devant une rangée de barbecues avec des kanouns sur lesquels des tajines en argile noircis par la fumée de feu de bois, languissaient sur des braises dont on devinait la présence par les minces filets de vapeur d’eau qui dansaient au dessus des couvercles coniques. Plus bas dans un verger qui longe la rive du cours d’eau, des figuiers et des pruniers, comblés par la prodigalité de la nature ambiante, étalaient leur beau feuillage verdoyant.

Pour prospecter les gorges, il fallait ensuite marcher à tatillons dans un sentier qui descendait sinueusement entre les buissons jusqu’au cours d’eau. Les branches solides des arbustes servaient parfois de soutien fortuit quand les détours de la pente devenaient plus raides et glissants.

En bas c’était la rencontre avec le fleuve qui forçait ses passages tantôt larges, tantôt étroits entre les rochers. Pour le traverser on est contraint de se livrer à une véritable gymnastique. Quand l’obstacle au milieu du cours d’eau est un rocher, on devait s’agripper à une saillie, s’assurer que le pied d’appui est bien ferme, s’arc-bouter à la roche, avant de se cramponner à une autre saillie pour progresser. L’avancée devenait plus aisée parfois quand on passait sur des ponts de fortune sous forme de deux longs troncs d’arbres reliés par des cordes à des branches solides qui les traversent en perpendiculaire. Les bassins d’eau profonds se succédaient tout le long du cours d’eau et on voyait souvent des groupes de gens s’y délecter. Des jeunes plus hardis effectuaient des sauts acrobatiques en se lançant du haut des rochers qui surplombaient les piscines naturelles. A quelques encablures de là, on arrivait devant une jolie passerelle en bois accrochée à même la roche et maintenue par de grandes poutres qui descendaient jusqu’au fond de l’eau. Au bout de la passerelle apparaissait une terrasse bien aménagée, avec des tables et des chaises devant une grotte dont le seuil était en partie couvert par un comptoir en bois. A notre arrivée l’endroit semblait désert, mais le maître des lieux ne tarda pas à se manifester. Après avoir traversé la passerelle, il gravit trois marches qui menaient à l’entrée de la grotte. Je le rejoignis aussitôt pour commander du thé pour le groupe. Sur le comptoir plusieurs kanouns attendaient d’accueillir les tajines. Dans l’encoignure de la grotte un faible faisceau de lumière s’infiltrait par une fente et illuminait l’endroit d’un clair-obscur. En bas de la paroi gauche on voyait surgir la moitié d’une bouteille plantée dans une crevasse ; du goulot coulait une eau fraiche qui descendait vers le cours d’eau ; une idée du tenancier de l’auberge marquant ainsi de son empreinte ingénieuse l’œuvre de la nature. Devant la terrasse s’étendait un grand bassin. Malgré la profondeur, l’eau était tellement claire que l’on pouvait distinguer trois bouteilles en plastique qui gisaient sur le fond. Des individus sans scrupules étaient passés par là. Les campings sauvages ne feraient encore qu’accélérer ces types d’agissements irresponsables et désastreux qui signeraient à terme l’arrêt de mort de ce site merveilleux. Pour en préserver le charme et la splendeur, on ne devrait y autoriser que des randonnées de jour. Je fis remarquer à l’aubergiste qu’il avait la responsabilité d’entretenir et de sauvegarder son environnement proche, son gagne pain aussi. Il le fait tout le temps, me confia-t-il, mais pour les bouteilles, il ne pouvait pas supporter de descendre dans l’eau glaciale !

Je profitai de la pause pour promener un regard scrutateur sur le site. Surgissant des aspérités de la falaise, des arbrisseaux semblaient défier l’environnement hostile de la roche. Des racines et des branches adventives s’entrecroisaient dans un formidable élan de survie. Deux petits lézards détalèrent rapidement sur une roche. Ils avançaient en se dressant sur leurs longues pattes antérieures, le cou dans une position presque verticale et la tête dressée vers le haut ; une stature qu’ils conservaient même en pleine course, ce qui leur donnait une allure fière et hautaine. Ils s’arrêtèrent au bout du rocher pour nous toiser de près. Leur robe brunâtre parsemée de taches jaunes fait penser à des lézards de muraille. Réagissant rapidement à un mouvement brusque de l’un des randonneurs, ils rebroussèrent chemin et disparurent derrière un talus.

Un fait anodin me fit sortir de ma torpeur. Un jeune homme traversa rapidement la passerelle. Il portait deux barquettes d’œufs, une soixantaine de pièces, sur sa main droite et avançait d’un pas assuré, chaussé d’une paire de sandales ouvertes, apparemment impropres pour emprunter des passages rocailleux. Il traversa aisément les deux rochers au milieu du cours d’eau et disparut avec son fardeau comme par enchantement. On était tous étonnés nous qui avions éprouvé toutes les peines pour nous frayer un chemin entre les roches. Cette scène raviva dans ma mémoire un souvenir vieux de plus d’une trentaine d’années. Je pratiquais alors la chasse. Dans les montagnes de la région de Ketama, nous marchions sur un sentier escarpé. Nos « Batogas » pliaient sous l’effet de l’inclinaison du terrain et nous attrapions parfois des branches de buissons pour éviter de chuter. Deux rabatteurs rifains nous devançaient. Ils portaient des babouches, de simples babouches, et marchaient avec une aisance déconcertante tels des équilibristes, leurs mains gauches encombrées de gibecières où pendaient plusieurs perdrix. L’agilité et l’habileté de ces seigneurs de la montagne avait suscité dans notre petit groupe de chasseurs un sentiment sincère de respect et d’admiration.

En dépassant les deux grands rochers après l’auberge, on n’était plus loin du « Pont de Dieu ». Il s’agissait d’un bras rocheux qui reliait les sommets des deux falaises et en constituait un prolongement naturel façonné par les coups de boutoir millénaires de l’eau qui avait creusé la roche. Il s’élevait à plusieurs dizaines de mètres au dessus d’un grand bassin bordé par des parois dont les cavités offraient un abri humide où l’on pouvait se délasser dans une atmosphère pleine de calme et de fraicheur. Au terme de la randonnée, un bain dans l’eau froide était le meilleur remède pour revigorer son corps et effacer les traces des efforts laborieux de la traversée. Au premier contact avec l’eau on sent tous les membres endoloris traversés par une décharge froide, aigue et envahissante qui coupe le souffle par intermittence, puis le corps finit par s’adapter en faisant jouer les mécanismes de son formidable métabolisme.

Au retour, grâce à l’effet énergisant du bain et l’expérience tirée de l’exercice ardu de la matinée, la fin de la randonnée au retour fut plus aisée. L’aubergiste de la grotte était toujours là alors qu’une agréable odeur d’épices s’échappait des tajines qui grésillaient sur le feu des kanouns.



Commentaires

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dimanche 1er mars 2015 à 21h03, par  Zineblam

Très passionnant à lire ! fière de mon papa :-)

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