Rechercher dans le site
fontsizeup fontsizedown

En route vers Chefchaouen

lundi 1er septembre 2014
par Lamalif, Mohamed LAMETI.
popularité : 1%

A la sortie de la gare de Kenitra, une rafale de vent chaud me fouetta le visage effaçant d’un coup la sensation de fraicheur de la climatisation du train. Les taxis pour Ouezzane étaient là à quelques mètres et j’eus la chance d’être le sixième passager que l’on attendait pour démarrer.

Jusqu’au passage à niveau gardé un paysage riche en couleurs défilait. Sur les grandes plaines, les derniers restes des moissons, tiges et brindilles de paille d’un jaune éclatant, brillaient sous les rayons du soleil et formaient un tableau flamboyant. Par endroits, des « balles » de foin traînaient, parfois disposées en tas qui dépassaient la hauteur d’une maison de campagne. Le foin provenant du drass, battage du blé par un attelage de chevaux, était par contre amoncelé en de grands tas au sommet courbé couverts par une couche de terre argileuse, une pratique qui persiste toujours mais qui tend à disparaitre avec le recours presque général aux moissonneuses-batteuses. Dans tout le périmètre irrigué jusqu’à Souk El Arbae, des champs de mais et des plantes fourragères déployaient une verdure qui contrastait fort avec la couleur jaune effacée des folles herbes brulées par le soleil dans les jachères. Des melons canari, mhaia, gisaient encore dans les bhairas, ayant atteint en cette fin d’été leur dernier stade de mûrissement. Dans d’autres parcelles le soleil a asséché des tournesols, les privant d’imiter sa lente et éternelle trajectoire. Partout on voyait des canaux d’irrigation suspendus à plusieurs mètres du sol grâce à des piliers cylindriques. Ils étaient bien pourvus par les oueds Sebou et Baht, bien que ce dernier, particulièrement touché par la sécheresse, ne devait participer que faiblement à cette besogne.

M’zefroun est le prélude à une série de cours d’eau toujours recommencée. En dépassant une route à gauche qui mène vers Arbaoua, on pouvait distinguer dans la forêt dense des touffes de doum. Ces palmiers nains fournissent un fruit sauvage peu connu lghaz. Caché au fond du palmier, il se présente en grappes avec un grand noyau couvert par une chaire tendre et succulente. Le cœur de ce palmier est aussi d’un goût très agréable.

A la « gare routière » de Ouezzane je n’eus pas la même chance qu’à Kénitra, un seul voyageur était en partance pour Chefchaouen. J’eus le plus grand mal à trouver un coin d’ombre exigu pour m’abriter de la chaleur suffocante. « Une salle d’attente » minuscule, avec deux murs et deux côtés dégagés couverte par un petit toit en béton était le seul refuge pour les voyageurs qui s’y entassaient et guettaient avec impatience leur moyen de…délivrance. En face de la gare routière des maisons en cascades semblent disputer une colline aux quelques oliviers qui les séparent encore du sommet. Après une attente languissante, le taxi, enfin, démarra.

La route serpentait entre les collines et enjambait à chaque fois un cours d’eau. Parfois une pancarte sur le pont indiquait le même nom à plus d’une reprise, trois fois Zendoula. La rivière devait se frayer un passage en bas des collines en suivant les escarpements et autres contraintes du relief pour couler au même niveau en parallèle à des centaines de mètres plus loin. En contrebas de la colline, sur le lit de la rivière, des flaques d’eau clairsemées résistaient encore aux attaques du soleil. Des lauriers en fleurs roses formaient des bouquets géants et redonnaient vie et splendeur à la rivière discontinue. Sur l’ubac des grandes collines des conifères de différentes espèces jouxtaient des eucalyptus, des chênes liège et couvraient par leur ombre des multitudes de buissons, de broussailles, d’arbustes et d’arbrisseaux. Par cette chaleur de fin d’été, on voyait quelque fois un oiseau qui semblait battre de l’aile pour s’évanouir rapidement dans la fraicheur du branchage. A l’adret, les arbres baignés par le soleil semblaient plongés dans un profond sommeil ; pas un souffle de vent ne venait déranger le recueillement des feuilles et des branches immobiles. Les rivières et les forêts se succédaient, Timmert, Sidi Mghar, El kob, le grand Loukkos… mais la beauté de la nature exubérante ne perdait rien de sa magnificence. Absorbé par le charme de ces sites sublimes, seules quelques bribes de conversation des voyageurs saisis par moments, m’arrachaient de l’émerveillement.

Parfois l’environnement semblait se métamorphoser, l’action anthropique, l’empreinte de l’homme devenant plus manifeste. Des deux côtés de la route des oliveraies s’étendaient à perte de vue. On croisait, par intermittence, sur les bords de la route quelques fabriques artisanales d’huile d’olive. Elles formaient le devant de petits groupes d’habitation avec des constructions en dur, d’autres en pisé ou en paille tressée sur des roseaux ; ces dernières font souvent office de cuisine dans les campagnes. Des fours traditionnels sous forme de cônes au sommet arrondi, confectionnés en argile, côtoyaient les maisons ; des outils rudimentaires et des araires gisaient sur le sol dans l’attente des premières pluies. Les habitations étaient souvent entourées de grands figuiers qui se dressaient en abris parfaits où ne pouvait filtrer le moindre rayon de soleil.

A la vue de « Siflaou », je ne pus réprimer un petit sourire. Le nom de la rivière doit probablement puiser sa signification noble dans la culture populaire de la région. Littéralement, dans un amalgame de langues forcé, cela signifiait « ils ont sifflé », un verbe français conjugué en arabe ! Ces expressions composées, néologismes grossiers, sont fortuitement utilisées ; « trinina » pour « nous nous sommes entrainés », « ndifoulaou » pour « nous nous défoulons »…Des dérives du langage amusantes qui demeurent marginales et prêtent à sourire. Mais elles se transformeraient en véritables excroissances d’usage courant dans un projet linguistique cher à certains reposant sur l’Arabe dialectal. Ce serait l’aboutissement logique d’un fond culturel francophone tacite véhiculé par le langage parlé de tous les jours. On ne trouverait pas meilleur prétexte pour léguer aux oubliettes la langue mère mieux structurée, porteuse d’un passé glorieux et de l’espoir d’une meilleure ouverture sur une culture de plus en plus mondialisée.

En dépassant l’agglomération de Dardara et après quelques détours, Chefchaouen se profila à l’horizon. Accrochée au flanc d’une grande colline, la « fleur » surgissait avec mille splendeurs entourée de deux autres grandes collines, telles des sentinelles veillant sur la quiétude de la citée. Perché sur le sommet de la colline un hôtel surplombait la ville avec pour arrière fond les masses rocheuses de la montagne.

A suivre :Une journée particulière à Chefchaouen



Commentaires

Brèves

31 juillet 2008 - Maroc-Echecs en Vacances

Chers lecteurs, L’été est l’occasion pour plusieurs d’entre nous de prendre un petit repos bien (...)

26 mai 2008 - Les blancs jouent et gagnent !

Les blanc jouent et gagnent ! Y.Fareh

23 mars 2008 - Situation administrative des clubs et ligues

La FRME vient d’annoncer sur son site www.frme.net qu’elle a accordé aux clubs un délai (...)

2 février 2008 - PRESSE : Commission d’enquête

L’hebdomadaire AL WATAN revient sur la commission d’enquête créée lors de la dernière AGE et la (...)

27 avril 2007 - ..." الإبـرة والهشيم"

تحية شطرنجية طيبة ستتوقف المقالات الأسبوعية التي دأبت على نشرها ، كل جمعة، في إطار سلسلة "الإبــرة (...)

Navigation