Rechercher dans le site
fontsizeup fontsizedown

Florencio CAMPOMANES ( 1927-2010)

Fragments de témoignage
jeudi 3 juin 2010
par Mohamed Moubarak Ryan
popularité : 2%

• Florencio Campomanes, ancien président de la Fédération Internationale de Echecs FIDE (1982-1995) est décédé le 3 mai 2010 ; La triste nouvelle, relatée par toute la presse échiquéenne spécialisée dont Chess Base et Europe –Echecs, est passée malheureusement inaperçue sur notre site Maroc-Echecs, alors qu’il s’agit d’une grande figure échiquéenne internationale, qui a marqué de son empreinte toute une période de l’histoire mouvementée de la FIDE. Il était, en outre, un grand ami de notre pays ; J’ai eu la chance et l’honneur de l’avoir connu et côtoyé, et c’est à ce titre et à travers ce modeste témoignage, que j’aimerais lui rendre hommage .

Quelques points forts de sa carrière

Je ne voudrais point évoquer, ici, en détail la carrière riche et très variée de F. Campomanes  ; ceux qui veulent avoir des données complémentaires pourront consulter le site Chess base, ou cliquer tout simplement sur le nom du défunt à travers le moteur de recherche Google , Vive l’Internet !

L’on peut retenir, dans cet article, qu’il s’agit d’un personnage qui a joué un rôle primordial dans la vie échiquéenne de son propre pays, les Philippines, qui devait le propulser sur les devants de la scène internationale. Campomanes (Campo pour ses intimes), né le 22 février 1927 a poursuivi de brillantes études de droit couronnées par un Doctorat décerné par l’Université Goergetown aux Etats-Unis en 1952, avant d’enseigner la science politique à Manille. Il s’adonnait parallèlement à sa passion pour les échecs, alliant la compétition et le travail journalistique, remportant deux fois le championnat de son pays et faisant partie de son équipe nationale aux diverses olympiades. Il devient Arbitre International en 1957, représentant permanent des Philippines auprès de la FIDE (1956-1982), avant d’accéder à la présidence de cette même instance internationale (1982-1995). Mais c’est sa contribution en tant qu’organisateur d’importantes manifestations internationales qui a bâti la réputation de Campomanes dans son pays et aux delà des ses frontières, dont la célèbre confrontation pour le titre suprême, en1978, entre Karpov et Korchnoi ; sans oublier son amitié avec Robert Fischer et ses tentatives incessantes, mais - hélas- sans succès, de le faire revenir sur sa décision de quitter le monde de la compétition. Mais ce sont ses liaisons étroites avec le dictateur déchu, Ferdinand Marcos, qui auront suscité de vives polémiques dans son pays, allant jusqu’au recours à la Cours Suprême pour gaspillage de fonds publics à l’Olympiade de Manille 1992, qui l’a, toutefois, innocenté. Enfin son empreinte est bien perceptible concernant le développement des échecs en Asie, en Afrique et en Amérique Latine, durant son long passage à la tête de la FIDE. C’est lui qui fut l’instigateur de la création de la CACDEC (Commission pour la promotion des échecs dans les pays en développement) ; C’est lui, encore, qui a appuyé l’organisation, pour la première fois, d’une Olympiade dans un pays arabe ( Dubai 1986), sans la présence d’Israël  !. En 1996, Campomanes, fut désigné en tant que Président d’Honneur de la FIDE, une institution qu’il aura servi durant plus d’un demi siècle et qui s’est hissée, en partie grâce à sa contribution, au rang des toutes premières fédérations sportives internationales en nombre d’adhérents : 166 pays actuellement…

Rencontre à Tripoli

En novembre 1981, j’allais vivre à Tripoli (Libye) les péripéties du Premier Zonal Africain d’Echecs (Voir mon article sur le sujet, publié le 4 juillet 2005). Sollicitant l’aide des organisateurs pour acheter des piles pour ma petite caméra de fortune, Je fus emmené en centre ville vers un grand espace commercial. Quelle fut ma surprise d’être accompagné par un certain…Florencio Campomanes, en visite à Tripoli, amorçant déjà sa campagne pour la présidence de la FIDE, prévue en décembre 1982  ! IL devait acquérir des costumes et de nouveaux habits pour avoir perdu sa valise lors de son voyage ! Je découvris une personne affable pleine d’humour, qui se flatta de son amitié avec Feu Bakkali, alors président de la FRME, avec qui il partage la maîtrise de la langue espagnole. Au cours des diverses réunions interminables, à caractère plutôt politique, aux quelles nous devions assister, M Elamri et moi, F. Campomanes, tout en ménageant les autorités libyennes dans leur tentative de condamner les Etats-Unis pour avoir refuser le Visa à la délégation libyenne voulant se rendre à un congrès de la FIDE à Los Angeles, faisait preuve de ses qualités de communicateur et son sens de pragmatisme, atténuant les ardeurs des irréductibles de la zone africaine, afin de ne pas compromettre ses chances de gagner la future bataille de la présidence de la FIDE. Ce fut un pari réussi, le communiqué des fédérations appartenant à la zone Afrique, adopta plutôt un ton modéré, et Campomanes en sortit, de surcroît, avec un soutien total pour sa future candidature, et il devait succéder à Luzerne (Suisse) en décembre 1982 à l’islandais, F. Olafsson devenant, ainsi, le premier président de la FIDE en dehors de la sphère occidentale.

Campomanes à Chefchaouen !

Au printemps 1984, Alouane Fannia devait accueillir, à Chefchaouen, sous l’égide de la FRME, le 15éme Championnat Individuel National, un défi organisationnel important puisqu’on devait recevoir plus de 70 personnes entre joueurs, arbitres et cadres de la fédération durant dix jours, avec de multiples activités parallèles.

A 48 heures du coup d’envoi de la compétition prévu le 22 mars, Feu Bakkali me téléphona pour m’annoncer fièrement que nous aurons la visite de Florencio Campomanes, qui s’étalera sur trois jours, et qu’il faudrait préparer un programme spécial en l’honneur de notre illustre hôte. Nous avons, donc, fait de notre mieux pour bien recevoir la président de la FIDE : Réceptions de Gala au sein de nos maisons familiales, Rencontre avec le Gouverneur de la province, meeting et conférence de presse avec tous les participants au championnat du Maroc, dans la quelle j’assurai, tant bien que mal, la traduction des questions et réponses, et enfin une simultané au cours de laquelle Campomanes affrontait le 25 mars 1984, au terme de sa visite, une vingtaine de jeunes joueurs locaux (avec le score de +17 =1 -2).

Campomanes était apparemment ravi de son voyage à Chefchaouen, une bourgade qui semblait inaperçue sur la carte du pays, dans laquelle il découvrit une ambiance échiquéenne extraordinaire, un public passionné du noble jeu, et une compétition nationale dont l’organisation, le niveau et l’esprit sportif sont dignes d’un grand championnat national. Il en gardait un souvenir inoubliable une image gravée dans sa mémoire. A chaque fois que l’occasion se présentait pour le rencontrer, au cours des olympiades par exemple (1984, 1986, 1988 et 1990 notamment) ce sont toujours les accolades et l’évocation de ses moments passés à Chefchaouen.

L’année suivante, en octobre 1985, lors du Festival Arabe des Echecs (troisième championnat arabe individuel) organisé à Tétouan, il a tenu encore à faire un saut discret à Chefchaouen.On a joué à Tétouan des dizaines de parties de blitz, durant les quelles il a démontré son talent de tacticien redoutable, accompagné de ses commentaires pleins d’humour.

Un autoritaire à visage humain…

Au delà , de la stature internationale qu’il a acquise, Florencio Campomanes est resté profondément humble et humain. Ces penchants autoritaires, souvent critiqués, reflétaient plutôt une forte personnalité, mise au service d’une noble discipline qu’il a tout fait pour qu’elle acquière la place qu’elle mérite sur la scène sportive internationale.

En février 1985, il soulevait un tollé de critiques après sa décision de «  suspendre  » le match pour le titre mondial entreKarpov et Kasparov, qui s’éternisait, à Moscou depuis cinq mois, dépassant l’entendement humain. Anatoly Karpov qui menait avec le score 5-3, diminué ses forces physiques, paraît incapable de conserver son titre, même si il ne lui restait qu’une seule partie à gagner.... Des nullités interminables se succèdent nuisant à l’image du noble jeu chez les médias et auprès de l’opinion pulique internationale... Campomanes, prit alors, la décision la plus controversée de sa carrière. IL revenait aux règles conventionnlles régissant le Championnat du Monde d’Echecs en instaurant un match en nombre déterminé de parties.Il affrontait ses détracteurs, le taxant de partialité, avec courage et fermeté. Un championnat du Monde doit obéir à des règles humaines dit-il et non se transformer en un combat à mort, tel à l’époque des gladiateurs

Tout au long de sa présidence qui durait plus de treize ans, il défendait avec force et conviction les intérêts de la communauté échiquéenne internationale, n’hésitant pas à attirer les foudres de Kasparov et certains GM de premier plan. Ses adversaires qui ont claqué alors les portes de la FIDE, devaient reconnaître ultérieurement qu’ils sont allés un peu trop loin… Mais c’est surtout la vocation universelle qu’il a imprégnée à cette instance élitiste , qui a métamorphosé le paysage échiquéen planétaire…bien avant la vulgarisation de l’Internet, outil par excellence de la mondialisation échiquéenne.



Commentaires

Logo de <FONT COLOR="#0000FF">Mohamed Moubarak Ryan</FONT >
vendredi 4 juin 2010 à 09h09, par  Mohamed Moubarak Ryan

Bonjour à tous,

Merci Si Abdelahafid pour ce complément d’informations et ton témoirnage personnel sur cette figure qui a vraiment bouleversé l’histoire de la FIDE.

Campomanes était aussi un homme de parole. Il a promi d’octroyer l’organsiation de la 27éme Olympyade d’Echecs à Dubai en 1986, et a tenu parole. Il a tout fait par supprimer la clause qui impose à chaque pays prétendant à l’organisation d’une manifestation internationale d’inviter tous les fédérations habilitées à y participer, en introduisant une modification significative : "Sauf lorsque le pays organisateur est en état de guerre avec l’autre partie"...Ce qui a permi aux émirats d’exlure Israel, pour la première fois, de la plus grande compétition internationle par équipes ....

L"arrêt" du match Karpov-Kasparov le 25 février 1985 a provoqué une immense réaction internationale, notamment auprès des médias de grand tirage. Certais journaux, comme Libération, lui a consacré toute sa Une et une large couverture à l’intérieur. Le Monde a traité l’information dans sa première page ! Le ton est unanime : critique de la décision et accusations de complot contre Kaparov, avec la bénidiction des pouvoirs soviétiques. Campomanes était taxé de tous les maux ; Mais il a su réagir contre cette campagne avec fermeté et dignité. IL était peut être ravi de voir les échecs atteindre une telle popularité partout dans le monde et devenir le sujet numéo un de l’actualité internationale. Celà révèle également l’autre facette de ce grand messieur qui n’hésite pas à user de la provocation, voir la propagande, pour faire poulariser le noble jeu !

Enfin une petite remarque concernant les photos postées par notre ami Abdelhay ; Elle sont toutes tirées du Site www.alouanfannia.ma. la photo qui réunissait à l’Olympiade de Salonique (1984), Campomanes, mon frère Kacem et Feu Mustapha Bakkali, fut publiée dans le bulletin officiel de l’Olympiade.

Bien amicalement et à Bientôt !

Logo de Abdelhay Zitane
vendredi 4 juin 2010 à 06h29, par  Abdelhay Zitane

Image and video hosting by TinyPic

Chefchaouen 22 mars 1984 : finale du championnat individuel Marocain.

Image and video hosting by TinyPic

Chefchaouen 25 mars 1984, simultanée : Florencio Compomanès - 20 jeunes joueurs..

Image and video hosting by TinyPic

26e Olympiades :Thessaloniki 1984.

De gauche à droite :Kacem Rian - Mustapha Bakkali et Florencio Compomanès

Logo de El amri
vendredi 4 juin 2010 à 05h25, par  El amri

Merci maitre Moubarak pour cet article, je n’ai pas grandes choses à ajouter, à Tripoly 1981, M. Campomanes est resté durant les 18 jours du zonal, bcp de réunions avec les autorités lybènnes et les délégations africaines (M.Ryane et moi, nous avions donné procuration à M. Belkadi, président de la Fédération Tunisienne et africaine (vice président de la FIDE) et grand ami du feu Moustapha Bakali, , président de la FRME à l’époque, sans oublier que les positions internationales marocaines et tunisiennes étaient très proches, et c’était surtout pour éviter de mêler notre fédération à des positions "révolutionnaires" (même trop !) de nos frères libyens qui ne cachaient pas qu’ils voulaient changer bcp de choses dans le monde ! surtout que feu Bakali ne nous avait pas procuré pour représenter la FRME dans ces réunions africaines.

Ces réunions n’ont été prévus qu’après l’arrivée de M. Campo et son accord de guider le projet libyen pour changer des règlements de la FIDE, surtout l’article qui obligeait toute fédération voulant organiser une compétition FIDE d’inviter et préparer les visas à toutes les fédérations membres de la FIDE y compris celles avec qui il y a une guerre entre les deux pays concernés, ce qui explique pourquoi le monde arabe n’a jamais organisé d’olympiades avant 1986 qu’ après avoir réussi à changer cet article en 1982 en Suisse, alors que les responsables libyens, durant ce zonal, nous appelaient à chaque réunion, et se sentaient dérangés de nos absences !

M. Campomanes est resté lié à la FIDE, en tant que président d’honneur, (voyez la différence entre celui là et le président de « déshonneur » de mounib) ! je l’ai rencontré en Brésil lors du championnat du monde des jeunes de 1995, juste après la fin de sa mission à la tête de la FIDE, et j’ai lu qu’il a été présent dans plusieurs autres activités FIDE

Lors de ses 2 visites au Maroc en 1984 et 1985, M. Campomanes n’a pas caché qu’il a découvert un pays très proche de lui, la chaleur de l’accueil marocain l’a bcp touché, il se senti très bien, déclarant qu’il est prêt à revenir sur toute invitation de son ami (feu Bakali) sans exigence de sa part comme se fut le cas dans ses visites dans le monde en tant que président de la FIDE !

Je ne crois pas non plus que M. Campo ait subit ou répondu aux pressions de quiconque pour prendre sa décision sage de suspendre le déroulement du championnat du monde individuel 1985 à Moscou, la réaction du jeune prodige montant de l’époque s’explique par d’autres donnés surtout par son parcours d’enfant qui a brûlé les étapes et basculé les calculs du parti communiste soviétique de l’époque, qui ne laissait rien échapper aux intérêts des « peuples socialistes soviétiques » et leurs images dans le monde !

Le 10 novembre dernier, à la salle d’honneur de l’aéroport de Rabat Salé, j’ai demandé à M. Karpov (qui devait prendre son avion vers Paris après 5 jours chez le FUS après avoir inauguré l’école Karpov de Rabat) qu’il était sons sentiment au moments ou il était à un point, un petit point pour remporter le match du championnat du monde individuel suspendu de 1985, il répliqua tout de suite : je ne veux plus me souvenir de ce match !!!!

Logo de <FONT COLOR="#0000FF">Mohamed Moubarak Ryan</FONT >
vendredi 4 juin 2010 à 01h53, par  Mohamed Moubarak Ryan

Cher Abdelaziz,

Tu as bel et bien fait allusion au décès de Campomanes dans l’un de tes articles commentant le match Ananad- Topalov ; C’est donc une nouvelle qui est passée preque inaperçue sur le site ! Normal, puisque Maroc-Echecs donne la priorité à l’actualité marocaine. Et c’est pourquoi j’ai voulu jeter la lumière sur quelques fragments d’histoire concernant la relation de Campomanes avec notre pays ...

Concernant la décison "prise" par Campomanes le 15 février 1985 d’arrêter le match Karpov- Kasparovqui se déroulai à Moscou depuis septembre 1984 ! ou Karpov menait au score 5 à 3. Il faut se rappeler que le match en question se jouer selon le système préconisé par Fisher : le vainqueur du match doit remporter six parties, le nombre de nulles n’est pas comptabilisé ! Anatoly Karpov, Champion du Monde en titre a fait un début fracssant en s’imposant avec 5-0 , avant d’assister à un reveil progressif de Kasparov qui remontait la pente , réduisant le secore à 5-3. les nulles s’enchaînèrent interminablement (48) ; Karpov, accablé physiquement et psychologiquement paraissait incapable de gagner la seule partie qui lui manque pour conserver son titre. Une lassitude générale s’installe à Moscou avec des soucis sérieux pour l’état de santé de Karpocv .

Accusé alors de vouloir sauver le tône de Karpov, sinon d’être commandé par la fédération soviétique, Campomanes s’en défendait vigoureusement. Personnllement je pense que, étant donné la personnalité du défunt, qu’il a pris souverainement cette décison controversée. Il en reste que Kasparov, superbe Champion réussira l’année suivante à remporter le titre mondial, selon le nouveau réglement plus logique :( 24 parties maximum), lors d’un match qui s’est déroulé à Londres et Léningrad ...

Logo de <FONT COLOR="#0000FF">Abdelaziz Onkoud</FONT >
jeudi 3 juin 2010 à 18h06, par  Abdelaziz Onkoud

Cher Moubarak

J’ai fait une toute petite note de la disparition de Compomanes dans l’un des articles reversé au match opposant Anand à Topalov où une minute de silence a été observée.

Je n’ai pas lu en entier "Et le Fou devint roi" de Garry Kasparov....en feuilletant rapidement les premières pages...on peut lire...(page 15) « le jour le plus important de ma vie ,ce fut le 15 fevrier 1985,à Moscou,jour de honte dans les annales des échecs, jour ou j’étais empêché de prétendre au titre mondiale , non par mon adversaire,Anatoli Karpov, mais par la fédération internationale des échecs, La FIDE, dont le président, Florencio Compomanès...... »

Abdelaziz

Navigation