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La Mort d’Ahmed Bennis, un Symbole National a disparu…

samedi 17 octobre 2009
par Mohamed Moubarak Ryan
popularité : 2%

Je viens d’apprendre, ce matin à travers Maroc-Echecs, la triste information... Nous sommes tous des mortels et notre regretté Feu Ahmed Bennis aura traversé tout un siècle, et atteint un âge avancé ; Il devait vivre ses derniers jours auprès de ses enfants et sa respectable famille, auxquels je voudrais présenter mes sincères condoléances et exprimer toute ma compassion. Que Dieu le tout puissant ait le défunt en sa sainte miséricorde.

Avec le mort de Si Ahmed Bennis, appelé affectueusement et respectueusement « Azizi » par ses amis et proches, dans ce bastion des échecs marocains qu’était la ville de Fes, ce n’est pas seulement un double champion national, qui disparaît, mais un grand symbole du mouvement échiquéen marocain qui nous quitte. Il était, dans la lignée des grandes figures de la culture, des arts, de la musique et de la sagesse, qui laissent un immense vide derrière eux, provoquant la perte d’une grande partie de notre mémoire collective. A mon sens, il était pour le noble jeu l’équivalent de Feu Abdelkrim Rais, grand pionnier de la musique andalouse à Fes.

Ayant appris le jeu échecs au sein de sa famille, comme c’était le cas dans les grandes familles traditionnelles fassis, il devait vite surclasser ses partenaires locaux pour devenir le maître absolu des 64 cases. Je ne dispose malheureusement pas de données historiques suffisantes pour illustrer son parcours échiquéen de l’époque, et il faut commencer par une année charnière, 1948, pour le voir propulsé Champion du Maghreb Arabe,au titre d’une importante compétition organisée par les français à Alger, suite de la quelle il fut même surnommé Champion d’Afrique ! Dès les premières heures de l’indépendance, il s’associe à ses amis, et en particulier son concurrent de toujours ! feu Kaderi, pour créer en 1956 le Club Fassi, qui fut, à ma connaissance, le deuxième club marocain structuré après celui de Tétouan. Il devait encore contribuer à la constitution de la FRME, le 2 novembre 1963 à Fes, IL a pris part pratiquement à tous les championnats nationaux et aux compétitions par équipes organisées de 1965 à 1973 avec, notamment, deux titres de champion du Maroc (1968 et 1972), trois fois vice champion (1966, 1970 et 1973) et deux titres par équipes au sein de son Club Fassi (1973 et 1975). S’il faisait partie de l’équipe nationale durant tant d’années, Il n’a participé qu’à une seule olympiade, celle la plus prestigieuse de La Havane(Cuba) en 1966, à côté de Bakkali, Kaderi, Hadri et Benabud, et Bennouna, président alors de la FRME. Sa présence fut régulière dans les famreuses "Interciudades" de Larache, tout au long des années 60. L’équipe Fassi , sous sa houlette, devait créer une grande surprise dès sa première participation en juin 1962, en remportant cette prestigieuse compétition par équipes ! ( voir, sur ME, notre article consacrée à l’histoire de cette manifestation)

Ma connaissance lointaine de Feu Ahmed Bennis remonte à 1973, au moment ou je faisais mes premiers pas dans les échecs…La télévision marocaine (RTM) offrait une couverture quotidienne de ce match au somment disputé âprement entre Bakkali & Bennis, finalistes d’un système de championnat du Maroc, organisé, dans les salons de l’hôtel Tour Hassan de Rabat, selon la formule de la coupe ! à l’image du match du siècle qui s’est déroulé l’année précédente à Reykjavik (Islande) entre Fisher et Spassky. Cette confrontation très médiatisée, également par la presse écrite , qui donnait une immense popularité aux échecs en tant que compétition sportive dans notre pays, s’est soldée par la victoire in extremis de Feu Bakkali. Il me fallait attendre la fin de 1982 pour rencontrer Si Ahmed Bennis de prés ; C’était durant le 14ème Championnat National Individuel à Casablanca. On a eu l’agréable surprise de voir Si Ahmed participer à cette complétion après une si longue absence, alors qu’il approchait les 70 ans ! Il a démontré un niveau fort appréciable et se classait finalement dixième (avec 6 pts sur 10 !). J’ai eu le plaisir de jouer avec lui à la huitième ronde, au cours d’une partie très mouvementée qui devait se conclure par un nul mérité...si Feu Bennis n’avait pas commis une gaffe en finale, fruit sans doute d’une fatigue, étant donné la cadence classique de 40 coups/ 2h 30 mn avec de multiples ajournements !

Une vingtaine d’année plus tard , en avril 2004 à Fes, au cours des championnats nationaux des jeunes, la FRME a bien fait de rendre un hommage, même symbolique à ce pionnier du noble jeu au Maroc. J’ y ai trouvé un homme toujours clairvoyant et averti, mais affaibli par l’âge et la maladie.

Enfin, avant de conclure, un petit mot sur le style particulier qui a fait la célébrité de Si Ahmed Bennis, au delà même des frontières nationales ! A l’inverse de Bakkali ou Kadéri qui étaient attentifs à la théorie des ouvertures par exemple, Si Ahmed Bennis adoptaient des constructions originales, basées sur des formations en hérisson, avec souvent des doubles fianchettos (g3 et b3 etc..) et un développement de pièces en fonction des coups de l’adversaire ! Il était toujours à l’affût d’une erreur ou imprécision, pour faire prévaloir ses dons de redoutable tacticien. Ses finales, à l’instar des meilleurs joueurs de sa génération, étaient précises et bien soignées.

Feu Ahmed Bennis, méritait de recevoir, de son vivant, un véritable hommage de la part de a communauté nationale. C’est notre dette envers ce grand symbole de l’érudition échiquéenne que de lui rendre un hommage posthume, en organisant un Mémorial portant son nom, sous forme d’un tournoi international à Fes, sa ville natale. J’espère bien que ses nombreux amis et admirateurs dans la capitale spirituelle du Royaume concrétisent cette noble initiative.



Commentaires

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vendredi 23 octobre 2009 à 12h21, par  Youssef BOUKDEIR

لا إله إلا الله و لا حول و لا قوة إلا بالله

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