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Une journée particulière à Chefchaouen(2)

lundi 8 septembre 2014
par lamalif , lameti Mohamed
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Le soir je projetai d’aller en promenade nocturne vers la place Outa El Hammam. Bab El Ain, une porte massive avec un arc en plein cintre annonçait le commencement de la vieille citée. A l’entrée, des marchands ambulants étalaient sur de petites charrettes un ensemble de gadgets et de souvenirs : montres, bracelets, colliers, bagues, boucles d’oreilles…. Insérée au fond du mur d’enceinte, une Saquaia prodiguait aux passants une eau fraiche qui coulait de source. On a eu le sens pratique de la munir d’un robinet pour mieux gérer la ressource précieuse. L’eau était tellement froide que l’on ne pouvait l’avaler que par petites gorgées dans l’un des deux verres qui assurent en continu un service volontaire pour des milliers de visiteurs. Saida Alhorra, La ruelle tortueuse qui mène vers Outa El Hammam grouillait d’une foule qui ondulait dans un mouvement incessant de montée et de descente. A droite, adossées au mur, des femmes assises sur des tabourets exposaient des sceaux pleins d’olives traitées à l’eau où on remarquait parfois des morceaux de citron macérés. D’autres sceaux étaient remplis de prunes de couleurs marron et verdâtre, des fruits durs au toucher, apparemment immatures, mais qui ont en fait un goût délicieux. Plus loin un homme exposait des fromages de chèvre enveloppés dans un emballage fin qui laissait transparaitre leur belle couleur blanche. Juste après sur les deux côtés de la ruelle se succédaient en séries continues des boutiques avec divers articles riches en couleurs. Dans quelques boutiques exiguës s’entassaient des produits de l’artisanat local. De grands mendils avec des rayures en blanc et rouge sont destinés à être pliés puis noués autour du corps des femmes du bassin jusqu’aux chevilles. Généralement cet habit est complété par le port d’une chachilla aux bords très larges, une sorte de sombrero orné par des fils de laines colorés. D’autres mendils plus petits, avec des rayures bicolores, un fond blanc brodé par des fils de laine rouge, jaune, orange, bleue ou verte, se terminaient aux deux bouts par des cordelettes tressées. Ils servent comme serviettes de table. Dans certaines boutiques des articles d’origine ibérique côtoyaient d’autres de fabrication nationale. Par endroits le passage rencontre d’autres ruelles à l’amont ou à l’aval. Je m’arrêtai devant l’une d’elles pour contempler une maison dont la composition architecturale sobre traduit, dans une combinaison ingénieuse, un goût raffiné hérité d’un brassage multiculturel séculaire. La façade est d’une blancheur éblouissante savamment ornée par une peinture en « bleu de smalt ». La porte en bois brut peinte aussi en bleu s’adaptait harmonieusement à l’ensemble. Des marches en pierre menaient à la porte, avec à leur bordure un muret qui descendait en pente sinueuse. Le milieu de la façade est traversé en large par un auvent d’une trentaine de centimètres, couvert par des tuiles rouges. Le long du muret une série de jardinières exhibaient des massifs de plantes et de fleurs. A sa fin en amont, Saida Alhorra débouche sur la grande place.

Outa El Hammam constitue le centre de convergence vers lequel bifurquent quatre ruelles. Au milieu de l’une d’elles un vieil olivier qui a perdu sa couronne, résiste encore aux aléas du temps serré dans un étau de pierres et de béton. Comme frappé par la foudre, son tronc endommagé par un grand trou, soutient toujours avec fierté et majesté des branches et des ramilles où seules quelques rares feuilles subsistent. « C’est un monument, me révéla un habitant du coin, un des plus vieux oliviers de Chefchaouen. Il est âgé de plus de trois cent cinquante ans ». Sur le côté gauche de la place s’aligne une suite de cafés-restaurants avec des terrasses qui s’allongent sur la chaussée. En face se dresse la Kasba. Au sommet de sa muraille des créneaux partiellement couverts par de folles herbes, sont les nobles témoins d’une époque où planait la menace d’invasions étrangères. Disposant de la protection de la montagne, les sentinelles pouvaient mieux, du haut des remparts, concentrer leur attention et leur vigilance sur toutes les collines au pied de la montagne. La vue était certainement mieux dégagée en ces temps lointains. Au centre de la place trône un beau cèdre, symbole précieux de la forêt environnante, entouré par une clôture circulaire. Enracinés à l’intérieur de la Kasba, deux gigantesques chênes verts déploient leur superbe et dense feuillage au dessus de la grande porte en arc brisé. A gauche de l’entrée de la Kasba, un immense figuier enlace par ses branches séculaires une partie de la muraille et dessine un grand espace sombre à l’écart de la lumière qui inonde la place. A droite de la Kasba, le majestueux minaret de la grande mosquée « Al Masjid Alaadam » veille de haut sur tout le square.

Je me contentai d’un grand verre de thé fourré de menthe fraiche, bien dosé et infusé comme on sait tellement bien le préparer à Chefchaouen. La place a aussi son lot de spectacle et de divertissement. Un duo de deux vieux musiciens, des sortes de troubadours, qui jouaient du violon et du bendir, faisaient le tour des tables en fredonnant des chansons bien rythmées entrecoupées par des sketches accompagnés de gesticulations et d’effets comiques. En allant poursuivre leur quête joyeuse à l’autre bout de la place, seul un faible écho attestait encore de leur présence, puis tout tomba dans un silence interrompu seulement par les commandes de quelques clients. C’est alors que, provenant probablement d’un magnétophone, résonna une voix langoureuse, vibrante et mélodieuse. Maitre Laaroussi chantait au rythme d’une Taqtouqa Jabalia, une hymne à la montagne habitée par l’omniprésence de la femme : Iemma, Iemma, Alaila…La chanson débuta par une longue complainte avant de terminer sur un rythme rapide et saccadé, à la tristesse succéda la gaieté, à la nostalgie les retrouvailles. A la fin de la chanson et après avoir goûté à de longs moments de relâchement et de plénitude, je pris le chemin de retour.

Au milieu de la rue Sidi Abdelhamid, Je m’arrêtai près d’un immense platane pour jeter un long regard charmé sur la ville qui somnolait, éclaboussée par la lumière vive des lampadaires. Plus loin le croissant illuminait les cimes des hautes collines qui traçaient une longue ligne discontinue. Lorsque le croissant disparut, on ne voyait plus que quelques lumières éparses scintiller telles des étoiles, comme si le ciel se prolongeait jusqu’au pied des collines. En me retournant, je vis loin se dessiner la masse obscure de la montagne.



Commentaires

Logo de LAMALIF, Lameti Mohamed
mercredi 10 septembre 2014 à 15h15, par  LAMALIF, Lameti Mohamed

Merci pour ce compliment qui provient d’un détenteur des nuances de la langue de Molière, et aussi de beaucoup de connaissances en agronomie et en histoire. Nos discussions planaient toujours loin du royaume des échecs. Je te remercie pour ces bons moments d’évasion.

Logo de Pierre BEISO
mercredi 10 septembre 2014 à 07h34, par  Pierre BEISO

La langue est claire,l’expression harmonieuse,le motif délicatement peint ;heureusement qu’il nous reste quelques Marocains pour renouveler la littérature française et nous promener dans le Royaume.

Bien le merci,Professeur,vous nous charmâtes joliment.

Pierre

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