Maroc Echecs : Europe Echecs célèbre dans ses pages de février ton retour chez les 2600, quels sont tes objectifs maintenant ?
Hicham Hamdouchi :
Je suis content d’être repassé à plus de 2600. C’est plus symbolique qu’autre chose, mais ça me donne plus de confiance en moi et me permet d’envisager le futur avec plus d’optimisme. Mon objectif à présent est de réintégrer le top 100 et je me donne d’ici fin 2007 pour y parvenir inchaallah.
Maroc Echecs : Tu as repris ta place parmi l’élite mondiale en refranchissant la barre 2600 points Elo, quelles ont été les participations de la FRME et le département du sport Marocain dans cet exploit unique en son genre au monde Arabe et Africain ? Et quels ont été tes meilleurs résultats ces dernières années ?
Hicham Hamdouchi :
Malheureusement, leur participation a été quasi nulle... Pourtant, ce ne sont pas les résultats qui manquent. Ces dernières années, j’ai remporté le dernier Championnat arabe auquel j’ai participé (Dubai 2004). J’ai ensuite atteint les 16èmes de finale au Championnat du Monde (Tripoli 2005).
J’ai atteint la finale du Grand Prix de Bordeaux en 2005 où j’ai réussi, le même jour, à battre Karpov 2 fois ! Il est vrai que j’ai perdu cette finale 3-2, mais cela reste pour moi un événement mémorable. Enfin, je suis aussi médaille de bronze sur le 1er échiquier aux dernières Olympiades de Turin (2006).
Pourquoi notre fédération n’a-t-elle pas pu exploiter tous ces résultats ? Ne serait-ce que d’un point de vue médiatique. Pourquoi mon match contre une légende vivante est-il passé inaperçu au Maroc ? C’est surtout cet immobilisme de la part de notre instance représentative qui me désole.
Maroc Echecs : Ta dernière apparition sur la scène échiquéenne Marocaine remonte à 2005, pourquoi cette absence ?
Hicham Hamdouchi :
Effectivement, mon dernier tournoi au Maroc date de décembre 2005. C’était le 1er tournoi Haj Mohammed Sekkat. Je tenais absolument à y participer, tellement j’avais entendu de bonnes choses sur ce grand homme.
Je jouais la finale du grand prix d’Aix en Provence durant la 1ère ronde de ce tournoi ! J’ai dû voyager toute la nuit pour pouvoir arriver à temps pour la 2éme ronde... Depuis, mes relations avec l’actuel président de la frme, sont allées de mal en pis, ce qui ne facilite en rien ma participation à des tournois au Maroc.

Hicham Hamdouchi : Le meilleur joueur d’échecs arabe et africain de tous les temps.
Maroc Echecs : Etant l’un des signataires du "désaveu et indignation", pourquoi ce positionnement et joueras–tu de nouveau au Maroc ?
Hicham Hamdouchi :
Depuis que je suis joueur professionnel et numéro 1 Marocain, j’ai eu des relations particulières avec chaque président de la frme. Ces relations sont basées sur 2 critères principaux : le respect et la confiance. J’ai souvent évité de m’impliquer dans les affaires politiques de la frme, en estimant que chacun devait jouer son rôle, avec pour objectif commun, le développement des échecs dans notre pays.
Chacun a ses droits et devoirs, et je considère, pour ma part, que mon devoir principal est d’essayer de représenter le mieux possible, le Maroc, dans les diverses manifestations auxquelles je participe.
Les devoirs du président de la frme sont, à mes yeux, beaucoup plus étendus.
Il se doit d’organiser toutes les manifestations annuelles habituelles.
Il se doit de participer aux manifestations internationales, tout en veillant à ce que le Maroc soit le mieux représenté.
Il se doit de trouver des sponsors privés pour subvenir aux dépenses annuelles.
Il se doit de médiatiser le jeu afin d’en donner une image attractive.
Bref, il se doit de faire tout son possible, tout en restant humble, pour développer les échecs et permettre à tout joueur marocain de pouvoir pratiquer son sport préféré dans les meilleures conditions possibles, sinon décentes.
Malheureusement, et depuis quelques temps, force est de constater que pratiquement rien ne se fait dans cette direction. On assiste, pour ne citer que quelques exemples, à des suspensions arbitraires, à l’évincement de quelques uns de nos meilleurs éléments de l’équipe nationale (j’ai là une pensée pour notre jeune et talentueux Mokhliss Adnani), à l’absence du Maroc dans des compétitions majeures et à une absence de stratégie viable pour redonner à notre jeu la place qu’il mérite sur l’échiquier sportif national.
Pour toutes ces raisons (et bien d’autres), j’ai pris ce positionnement, en compagnie des meilleurs joueurs marocains.
Je tiens à dire que cette décision est bien réfléchie, elle est irrévocable et nous pensons que c’est notre seule façon d’agir, pour faire sortir notre noble jeu de l’impasse dans laquelle il se trouve actuellement.
Je tiens aussi à signaler que malgré les désaccords profonds avec la frme, j’ai pu vivre au sein de cette même fédération, beaucoup de moments de joie, et j’ai eu la chance de côtoyer un bon nombre de personnes tout à fait intègres et honorables.
Malheureusement, la situation actuelle est très grave et nécessite des mesures d’urgence. Lorsque je représente mon pays dans une Coupe du Monde (je donne là cet exemple), je considère comme mon droit le plus absolu d’obtenir le remboursement de tous mes frais de voyage, par la frme.
Lorsque dans cette même situation, on me fait comprendre que c’est un service qu’ on me rend en me remboursant, je trouve qu’il y a quelque chose qui ne va pas…
Je considère inadmissible et grave qu’on commence à prendre ses obligations comme des traitements de faveur.
Si je vais rejouer un jour au Maroc ? Je n’ai aucun doute là-dessus (enfin, si la vie le permet !). Voyez-vous, les présidents passent leur chemin et s’en vont un jour ou l’autre. Au bout du compte, ce sont, nous tous les joueurs, qui restons.
Maroc Echecs : La famille échiquéenne Marocaine vient de perdre trois présidents de la frme, quels souvenirs gardes-tu de chacun de ces présidents disparus ?
Hicham Hamdouchi :
Je tiens à rendre hommage à la mémoire de ces 3 présidents. J’ai côtoyé pendant de nombreuses années feu Kamal Skalli et feu Abdelwahed Fassi Fihri. Je garde de très bons souvenirs des nombreux tournois ou olympiades auxquels j’ai participé, et où ils étaient présents.
Leurs maisons étaient ouvertes à tous les joueurs d’échecs, et leur amour pour le jeu était inégalable. Je retiendrai en tous cas leurs grandes qualités humaines.
Quant à feu Mustapha Bakkali, je n’étais pas encore joueur quand il était président, mais je me souviendrai toujours de ses encouragements lors de nombreux tournois auxquels il tenait à assister, même en simple spectateur.
Que Dieu ait leurs âmes en Sa Sainte Miséricorde.
Maroc Echecs : la création de Maroc Echecs a-t-elle dynamisé les échecs Marocains ?
Hicham Hamdouchi :
Il est évident que Maroc Echecs contribue au bon développement des échecs marocains. C’est un espace convivial d’informations et de discussion, à condition que cette discussion se fasse dans le respect de l’autre et dans le but bien sûr, d’apporter quelque chose de positive et constructive.
Je salue d’ailleurs toute l’équipe de ME qui fournit un travail colossal, et il faut le signaler, bénévole, ce qui est tout à son honneur. Je salue aussi les interventions de toutes les personnes dont le seul but est d’améliorer les conditions de jeu dans notre pays.
Pour n’en citer que quelques-unes, je salue les efforts de mon ami M Hajaj, qui a consacré une grande partie de sa vie pour assurer à tous les joueurs marocains les meilleures conditions de jeu possibles, et qui oeuvre toujours pour le bien-être des échecs marocains.
Je salue M Kariouch pour ses articles de haut niveau (cahiers techniques) pour tout entraîneur d’échecs. Je salue aussi nos meilleurs joueurs pour leurs analyses de partie, que ce soit Tissir, Karim, Rian ou Sebbar (dont je souhaite vivement qu’il revoit sa décision d’abandonner les échecs). Je salue nos expatriés pour leurs articles constructifs (je pense à Mourad Métioui et à toi-même mon cher Abdelaziz).
Enfin, un grand merci à tous les participants que je n’ai pas cités et dont le seul souci est d’apporter leur humble contribution pour sortir notre jeu de la crise qu’il traverse.
Maroc Echecs : As-tu des propositions pour développer les échecs marocains ?
Hicham Hamdouchi :
Nous sommes dans une phase de dénonciation. La reconstruction viendra plus tard, et ce ne sont pas les bonnes volontés ou les compétences qui manquent. Il n’y a qu’à faire un tour sur ME pour s’en rendre compte ! Je me réjouis de la mobilisation générale, que ce soit des meilleurs joueurs marocains ou des présidents de ligue.
Je pense que désormais, c’est aux présidents de club d’assumer entièrement leur responsabilité. Tout ce que je peux rajouter, c’est qu’il nous arrive à tous de vivre des situations où l’on est dépassé par les événements. Il est des moments où il faut se rendre à l’évidence, et avoir le courage et l’humilité, de savoir coucher son roi, et d’abandonner…

