Ali SEBBAR : Quel est le bilan du tournoi open national de solidarité organisé en ton honneur, ce Dimanche 25 Mars 2007 à Rabat ?
Pierre BEISO : Ce fut une formidable réussite, mais avant tout, les grandes retrouvailles de la communauté marocaine des Echecs et de toute la jeunesse privée d’exercice depuis trop longtemps. Chacune de mes paroles était suivie d’un tonnerre d’applaudissements, les gens m’embrassaient, me manifestaient leur soutien, m’enlaçaient longuement dans leurs bras.
Bref, un jour de grande allégresse et de fête sportive, où l’on a vu quelques ennemis d’hier se réconcilier et parler de l’avenir renaissant.
A.S : Tu as déclaré à plusieurs reprises, que cette marque de solidarité avec toi devait revenir aux joueurs du WAC, peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
P.B : En effet, je considère que cet élan national de solidarité spontané, doit plus revenir aux joueurs du WAC qu’à moi-même, qui ne suis que leur porte- parole. Il faut saluer avant tout le courage silencieux et la patience de Samir BENAINO qui depuis cinq ans porte l’équipe à bout de bras, ainsi que nos joueurs qui entre autres mésaventures se sont présentés en finale du championnat du Maroc de première division, avec trois joueurs au lieu de quatre, sans dirigeant ni argent, ce qui reviendrait en Football, à jouer à huit contre onze, avec des babouches aux pieds !
Ces mêmes joueurs qui n’ont ni local en propre, ni jeux ni pendules, ni ordinateurs, ni documentation et qui s’entraînent sans relâche et sont fidèles et enthousiastes pour le WAC.
A.S : Tu ne souhaites pas t’exprimer contre vos dirigeants qui vous ont pourtant abandonné et qui t’ont « libéré » pour te remercier de les avoir remplacés et surtout d’avoir soutenu l’équipe du WAC à leur place. Pourquoi ce silence ?
P.B : Parce que nous avons, conformément à nos statuts, déposé une requête auprès du comité Directeur du WAC, qui est le gardien averti de notre institution sportive, où seuls les membres du comité de section ont droit de cité. Les joueurs quant à eux, ne peuvent même pas assister comme simples observateurs aux assemblées générales. Donc, nous attendons que le comité Directeur se prononce et cela lui demande quelques précautions, car il ne peut intervenir dans la vie des sections qu’en cas de dysfonctionnements graves.
A.S : Mais il suffirait simplement au comité Directeur du WAC, de convoquer le comité de la section d’Echecs pour qu’il réponde aux termes de votre requête ?
P.B : Ce n’est pas aussi simple, le comité Directeur du WAC doit préalablement instruire l’affaire à charge et à décharge, puis convoquer les parties et c’est là de source sûre qu’est la difficulté pour le comité de la section d’Echecs.
A.S : On y arrive, tu viens d’évoquer ce qui n’est un secret pour personne, c’est que votre comité de section est purement fictif !
P.B : Je n’évoque que la difficulté pour notre comité de section de se présenter ensemble en chair et en os devant le comité Directeur du WAC
A.S : Vous l’avez pourtant surnommé le « comité fantôme » et les quelques rares humaines qui le composent encore n’ont rien à voir avec les Echecs.
P.B : Selon les statuts du WAC, ce dernier point, n’est pas incompatible avec la qualité de membre du comité de section.
A.S : Même si aucun d’entre eux ne connaît les Echecs ?
P.B : C’est tout à fait ça.
A.S : C’est absurde, peut-on imaginer le comité de la section natation et ses dirigeants ne sachant pas nager, entraîner et sélectionner des nageurs pour la compétition ?
P.B :C’est bien cela dans nos statuts, mais je crois que le bon sens et la raison finiront par l’emporter. Pour le moment, il faut laisser au comité Directeur du WAC le temps de finir son instruction.
A.S : Mais, le tems travaille contre vous ?
P.B : Détrompe-toi, bien au contraire, le temps travaille pour nous, car si l’on ne nous répond pas, cela revient à accepter notre requête.
A.S : Peux-tu développer cette idée ?
P.B : Dans le droit du Royaume, « celui qui ne dit rien consent », donc ne pas répondre à notre requête revient à en accepter le bien fondé, et si l’instruction dure, c’est que notre comité de section a bien du mal à se justifier.
Mais il ne faut pas s’attacher à ces réalités juridiques, l’important c’est que le collectif des joueurs a pour lui la légitimité sportive et morale et si nous ne pouvons pas encore gagner, au moins nous ne pouvons perdre ; ce qui en langage échiquéen pourrait se traduire par : « Nous avons au moins la nulle avec un avantage gagnant. »
A.S : Décidément tu ne veux pas dire de mal de vos dirigeants, alors que vous en avez tous bien gros sur le cœur ?
P.B : Tu as raison, mais il faut permettre à son adversaire de présenter sa défense, sinon il n’y a plus de justice.
A.S : Tu dis cela, alors que le bureau du comité de la section d’Echecs t’a pourtant révoqué sans motifs et sans même t’entendre, après tout ce que tu as fait pour l’équipe.
P.B : Précisons, ils disent libérer et non pas révoquer.
Ils me libèrent en tant que joueur, alors que je ne suis qu’un joueur, donc je ne suis plus rien du tout.
Les statuts du WAC quant à eux ne mentionnent que la radiation motivée et la possibilité de se défendre. Là je remercie mille fois le grand inspirateur de cette gaffe, qui nous a permis de tenir notre grand open national de solidarité.
A.S : Décidément après tout cela, tu dois avoir une bien mauvaise opinion des Echecs au Maroc ?
P.B : Non, c’est tout le contraire car je suis moi-même un joueur marocain de nationalité française, tout comme Abdelatif BENAZI est un joueur français de rugby et de nationalité marocaine. Après toutes nos luttes pour la survie du WAC et particulièrement à compter du 3 Juin 2006 à El Jadida, où nous avons pleuré de rage et fait serment qu’on ne nous manipulerait plus comme des marionnettes, notre équipe est devenu formidablement solidaire, nous sommes heureux de mener ce combat contre le mépris et les mensonges et nous recevons tellement de manifestation de sympathie et de soutien que c’est encore plus chaud et fort, me disait Samir BENAINO que lorsqu’il avait remporté la coupe du trône.
A.S : Que penses-tu des Echecs au Maroc par rapport à la France ?
P.B : En France, il y’a aujourd’hui 40000 licenciés et les Echecs vont rentrer dans les écoles comme une discipline à part entière, au Maroc il y’a à peu prés 200 joueurs qui participent aux compétitions et seulement trois lieux de formation des jeunes, le FUS de Rabat, la Régie des tabacs et Bernoussi à Casablanca.
La conclusion est qu’ici il y’a tout à faire, et c’est une tâche exaltante car j’ai découvert que le marocain est un formidable combattant sur l’échiquier et qu’il aspire de toute son âme à se mesurer au vaste monde, comme Rachid HIFAD qui est parti avec ses tous petits moyens en Libye et nous est revenu avec un titre de champion du Monde amateur. Ce qu’il a fait là est énorme et il a élevé haut dans le ciel le drapeau du royaume. Ne l’oublions surtout pas !
A.S : Pour terminer, il me semble que tu brûles de faire quelque chose pour les Echecs au Maroc, peux tu nous en dire plus ?
P.B : Tout d’abord, il y a mon club le WAC, pour lequel je vois continuer à m’acharner paisiblement et joyeusement avec Samir BENAINO et tous nos joueurs, car notre lutte est le symbole d’un renouveau, et cela nous l’avons fortement ressenti lors de multiples contacts qui se poursuivent encore à travers tout le pays, mais aussi avec l’Espagne et la France. Et j’en tire une conclusion, car j’ai entendu toutes sortes de discours qui ne débouchent sur rien, malgré toutes les bonnes volontés qui s’expriment.
Pour ma part, je dis que les joueurs brûlent de jouer et ne jouent pas, que les dirigeants attendent des ressources que le ciel ne leur donnera pas et je ne vois que le tournoi de Chefchaouen et les jeunes du FUS, du Bernoussi et de la Régie des tabacs comme réalités positives et montantes, prenons les en exemples et au travail !
A.S : Merci Pierre et à la prochaine.
P.B : Merci à toi Ali


