L’objet de cette journée d’études est d’interroger les rapports du jeu d’échecs au réel. Si, comme le clame Cervantès, « la vie est une partie d’échecs », qu’en est-t-il de ce qui se joue sur l’échiquier ? Les représentations symboliques de ce jeu sont multiples : le jeu d’échecs est souvent là pour désigner autre chose qu’un pur divertissement de la pensée. Figuration d’une société idéale (dans le Livre du jeu d’échecs de Jacques de Cessoles par exemple), image réduite d’une situation de conflit (Bobby Fischer affrontant des joueurs soviétiques pendant la guerre froide), approche rationnelle de situations types (la stratégie échiquéenne comme modèle de la guerre), esthétique d’une pensée en mouvement (importance de l’échiquier dans l’art plastique) sont autant de modalités possibles de représentations du réel saisi à travers la grille de l’échiquier. Le rapport au réel peut se généraliser jusqu’à fonctionner comme « monde en soi », lorsque les joueurs s’installent définitivement dans l’espace de l’échiquier qui vaut alors comme seule réalité : le personnage du joueur d’échecs en littérature est fréquemment celui d’un fou pris au piège d’un univers clos sur lui-même (La défense Loujine de Nabokov). Ces exemples ne sont qu’indicatifs et tentent d’illustrer l’oscillation fondamentale de ce jeu, entre clôture, fonctionnement autonome et métaphore du monde. L’approche se veut transdisciplinaire et souhaite donner la parole tant à des historiens de l’art qu’à des philosophes, des historiens, des scientifiques, des sociologues ou des spécialistes de littérature.
Programme :
Le jeu d’échecs comme représentation : univers clos ou reflet du monde ?
Vendredi 25 mai 2007
Journée d’étude transdisciplinaire
9h-18h30
ةcole Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, Salle Dussane
9h-9h30 : Accueil et introduction
9h30-10h45 : Le monde du joueur d’échecs
• « La compétition d’échecs comme espace autonome : la sujétion de la vie ordinaire par le monde de la sociabilité ludique », Jacques BERNARD (Sociologie, Paris X)
• « Marcel Duchamp et les échecs : ‘tous les joueurs d’échecs sont des artistes’ », Sarah TROCHE (Philosophie, Paris I)
11h15-12h30 : Le réel et la grille de l’échiquier
• « Echiquier ou grille ? L’enjeu du rapport au réel dans l’interprétation de l’œuvre de Kandinsky », Hélène TRESPEUCH (Histoire de l’art, Paris I)
• « Des figurines de chair et de sang (sur l’échiquier de la passion). D’après une mise en scène de Daniel Mesguich : La Seconde surprise de l’amour de Marivaux », Sébastien LENGLET (Arts du spectacle, Lille III)
14h30-16h30 : Les échecs comme modèle politique
• « La cité idéale selon Jacques de Cessoles : les échecs, instrument d’une propagande royale », Amandine MUSSOU (Littérature médiévale, Paris IV)
• « ہ quoi servent les échecs ? Orwell, Zweig, Séry », Luc RASSON (Littérature comparée, Université d’Anvers)
• « Les Joueurs d’échecs de Satyajit Ray : la déliquescence du pouvoir », Julien BRAULT (ENSSIB)
17h00-18h15 : Poétiques de l’échiquier
• « L’échiquier de La Vie mode d’emploi : Georges Perec et le ‘cavalier polygraphe’ », Benoît BERTHOU (Esthétique, Toulouse-Le Mirail)
• « Des ةchecs amoureux moralisés à Cases d’un échiquier : sens d’une métaphore trans-séculaire ? », Michèle GALLY (Littérature médiévale, ENS-LSH)
18h15-18h30 : Conclusion





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