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Que voulons-nous ?

Publié le samedi 6 octobre 2007.


Cet article est une adaptation d’un article publié en arabe sur le site le 23 mars 2007 par le MI Moubarak Rian ("la fédération que nous désirons الجامعــة التـي نريـــد")

Quand on analyse l’histoire de la fédération marocaine des échecs, on se rend compte que sur ses 44 années d’existence non seulement le chemin parcouru n’a pas toujours été facile et sans embûches, ce qui est tout à fait normal et attendu, mais qu’il a trop souvent été jalonné de crises à répétition, ce qui est étrange et regrettable. Regrettable car ces crises répétées ont entravé l’évolution naturelle de notre fédération qui aujourd’hui encore, après presque un demi-siècle d’existence, peine à rester à flots. Regrettable car nous n’avons pas toujours tiré les leçons qui s’imposaient après chaque crise et que les solutions apportées à chaque fois n’ont été que ponctuelles et par conséquent superficielles car n’ayant jamais porté sur l’essentiel. A chaque fois, nous n’avons fait que reporter le problème, contents que nous étions d’arrêter l’hémorragie, sans nous soucier de la qualité et de la fiabilité du traitement de choc pour lequel nous avions opté.

La FRME est ainsi passée par différentes phases, tantôt de gloire, tantôt de déboires, mais toutes ces phases ont toujours eu un point commun : l’absence presque totale de démocratie au sein de la structure fédérale et ses différentes commissions. Car depuis le début de l’aventure FRME, les statuts de la fédération ont toujours conféré un pouvoir presque absolu au président y compris le pouvoir de désigner et changer à sa guise et selon ses humeurs les membres du bureau fédéral. Et c’est là que le bat a toujours blessé !

Car qui dit pouvoir absolu, dit nécessairement abus et injustice. Régulièrement donc, et ce malgré la bonne foi apparente de certains présidents, les présidents successifs de la FRME ont fini tôt ou tard par "déraper" et ont été immanquablement, tour à tour, et comme il fallait s’y attendre, décriés, désavoués. A mesure qu’ils se succédaient, il devenait à chaque fois un peu plus évident que le problème ne pouvait en toute logique pas toujours être lié aux personnes elles-mêmes car les personnalités ont été parfois diamétralement opposées. Il était évident que le nœud du problème résidait dans les statuts mêmes de la FRME. Pourtant, chaque fois qu’un nouveau président « accédait au trône », il n’a jamais été question de démocratiser l’institution et remettre le pouvoir entre les mains du « peuple », et ce, soit par conformisme et auto-complaisance dans la fonction, soit par manque de clairvoyance et négligence de la gravité de la situation. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué pour redresser la barre. A un certain moment de l’histoire tumultueuse de notre fédération, il fut même question d’un comité de réforme des statuts de la fédération, mais les recommandations de ce comité qui allaient dans le sens d’un bureau fédéral élu et pas désigné par l’omnipotent président ont été malheureusement rejetées, sous prétexte de préserver une certaine unité et éviter des distorsions au sein de la famille échiquéenne marocaine préférant ainsi asseoir la dictature plutôt que de semer les premières graines de la démocratie. Une énième occasion manquée. La répétition chronique de ce scénario n’a bien sûr pas été bénéfique à l’image de la fédération qui a progressivement perdu le soutien et la confiance du ministère de tutelle, de la presse, de l’opinion publique et dernièrement de la FIDE elle-même !

Dans un premier temps, à l’époque de Feu Bakkali, les conséquences de cette absence de démocratie ont été un mal nécessaire manifestement compensé par une expérience et un savoir-faire qui forçaient le respect car ce pionnier a eu, malgré sa main de fer, le mérite d’insuffler à l’institution un certain dynamisme, aidé en cela par une équipe d’hommes compétents et clairvoyants, complètement dévoués pour la cause des échecs marocains. Le maintien de cette dictature au-delà de l’époque Bakkali a par contre été tout simplement néfaste aux échecs marocains. A cette phase d’essor a succédé une deuxième phase de déclin constant et consternant, même si elle a inclus quelques timides redressements de temps à autre, une phase que l’on peut qualifier de fatale pour les échecs marocains car dominée par l’égoïsme et l’intérêt personnel, voire l’incompétence, ce qui a engendré une fracture presque irrémédiable au sein de la communauté échiquéenne marocaine. On est ainsi passé d’une époque où « il faisait bon jouer aux échecs » et où pousser du bois revenait à respirer le bonheur, à une époque de dégoût et de désintérêt pour le ce sport qui a perdu de sa noblesse.

Avec le président Amazzal, on a tout simplement atteint le fond de l’abysse. Il n’est pas nécessaire de rappeler ici comment notre président a bafoué en permanence toutes les règles, y compris celles de l’éthique, ni comment il a toujours décidé seul et comme bon lui a semblé de ce qui était bon ou mauvais pour l’ensemble de la communauté. Il n’est même plus la peine de revenir sur toutes les catastrophes et les nombreux scandales qui nous ont secoués ces dernières années. Nous avons battu tous les records, que ce soit au niveau des agissements honteux de notre fédération ou au niveau du silence des morts qui a frappé les hommes ces temps-ci. Personnellement, je ne comprends pas comment on peut rester inerte face à tant de misère !

Il n’est plus un secret pour personne que les heures de ce monsieur qui nous a causé tant de mal sont comptées et que tôt ou tard, bon gré mal gré, il va « sauter ». Mais comptons-nous faire quelque chose ou bien accepterons nous sans brancher un nouveau président qui va de nouveau nous promettre monts et merveilles ? N’est-il pas grand temps que nous tirions enfin des leçons de tous ces échecs et que nous prenions notre sort entre nos mains ? Ne voulons-nous pas une fédération moderne dirigée par un président qui dispose d’un savoir échiquéen, une certaine intégrité, une expérience de terrain, des relations influentes ? Ne méritons-nous pas enfin un vrai président à même de défendre nos intérêts et de nous représenter dignement auprès des autorités et des structures susceptibles de nous soutenir ? Ne méritons-nous pas une fédération portée vers l’avenir avec des structures dignes du 21ème siècle, une fédération faite d’hommes compétents et intègres, une fédération sérieuse et responsable qui planifie à l’avance, analyse, consulte, écoute… Une fédération qui reprenne la place qu’elle mérite au sein du monde sportif, dans la presse et auprès de l’opinion publique ? N’avons-nous pas droit à une fédération forte constituée de clubs actifs et forts ? N’avons-nous pas droit au sein de cette fédération à des comités spécialisés constitués des meilleurs cadres, arbitres et entraîneurs marocains ? Ne méritons-nous pas enfin une fédération qui s’occupe du jeu, des jeunes, de leur éducation et leur épanouissement ? Si la réponse à ces questions est « oui », alors il est grand temps de se réveiller ! J’espère seulement que lors d’une éventuelle assemblée générale extraordinaire qui à mon avis ne saurait tarder, tout le monde assume enfin son entière responsabilité. Nous disposons d’un énorme potentiel, ne le gaspillons plus dans des futilités. Ce sera le moment de vérité et peut être notre ultime chance de sauver notre fédération. Sinon, on devra continuer à faire sans elle.


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