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Il était question d’arrêter les escalades

Abdelaziz Onkoud en questions !

Nous étions tous perdants
publication jeudi 11 septembre 2008. Enregistrer au format PDF
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Il ne s’agit pas, ici, de présenter la carrière ou le riche palmarès d’Abdelaziz Onkoud, que ce soit en tant que joueur ou problémiste, dans un jeu de questions/réponses ordinaire. Non ! De nombreux supports dans la toile, parmi lesquels Maroc Echecs, s’en sont déjà chargé.

C’est plutôt un décryptage sur les soubassements du mouvement contestataire anti-amazal auquel Abdelaziz Onkoud a pris part. Il nous livre ses impressions, ses idées en toute franchise. Sans tabous !

Un an et quelques jours après la « chute » de l’ex-président fédéral, M. Mustapha Amazal, poussé à la démission lors de l’assemblée générale du 28/10/2007, pour les raisons que l’on connait et à l’approche de l’assemblée générale extraordinaire élective, l’un des principaux protagonistes d’une longue campagne de protestation et de dénonciation d’une gestion politique contestée et autoritaire des échecs marocains se met à « table ». Abdelaziz Onkoud, l’un des fondateurs, ex-rédacteur en chef et actuellement administrateur de Maroc-Echecs se veut franc et direct dans cette interview dont le but et de lever le voile sur les non-dits, les rumeurs et toutes les sortes d’incompréhension que souleva son action.

Abdelaziz Onkoud, on le sait, n’a pas la langue dans sa poche. Pourtant son éloignement de la problématique fédérale depuis le début de l’année 2008 a suscité bien des interrogations et de nombreuses interprétations. En toute confiance, il répond à nos questions avec l’estime et la vérité qui se doivent à nos chers lecteurs. Des questions qui pour notre part ne sont aucunement guidées ou orientées. Elles reflètent dans une grande mesure une objectivité non teinte, mais surtout une profondeur à même de cerner, le plus près possible, les tenants et les aboutissants dans l’action de l’homme de combat que fut Abdelaziz Onkoud durant ces années de contestation.

Maroc-Echecs

QUESTION : Comment perçois-tu la situation actuelle des échecs marocains ?
La situation des échecs Marocains est très paradoxale. D’une part, une pléiade de jeunes talents... Malgré le manque de préparation et des moyens disponibles... De valeureux champions nous ont fait rêver dans les sombres jours de crise. On assista à des titres et des normes de Maitre international, des titres de Maître Fide, un titre suprême de champion du monde amateur, des titres arabes chez les jeunes.

A mon avis, le niveau des échecs Marocains n’a pas baissé, au contraire, on dirait que la crise a eu un effet positif. Seulement, nos champions n’ont pas les occasions nécessaires pour faire parler leurs immenses talents. On aurait certainement plus de MI et de jeunes champions dans les catégories des jeunes si nos talents avaient des opportunités de jeu. Ils ne peuvent que briller !

D’autre part, le fiasco total de notre organisation, abattue suite à deux années de surenchères qui l’ont conduit à la ruine et au déshonneur. Notre classe de dirigeants a été abusée, coupable de sa naïveté, de son manque de vision et de la lâcheté de la plupart d’entre eux .

Aucune éthique, leur principale motivation était la recherche de l’intérêt personnel au détriment du bénévolat qui est l’élément majeur dans le travail associatif où ils sont censés intervenir. La FRME est devenue une vache à laquelle chacun arrachait un morceau. Telle une colère divine, l’heure de la décadence de notre organisation avait sonné brusquement. Notre chère FRME est partie en fumée en l’espace d’une année (2006-2007). Je ne vois actuellement qu’un sac d’os et même ce pauvre butin attire....

QUESTION : Ne te sens-tu pas « coupable » de cette situation, toi l’un des fondateurs en 2005 du site Maroc Echecs, lequel fut accueilli froidement par la FRME ?

Effectivement , j’y suis pour quelque chose. Mais Revenons un peu en arrière. Depuis les premiers articles que nous avions publiés sur Maroc Echecs, notre but était de créer un espace d’échange. Nous avions introduit une intéressante nouveauté : l’utilisation de la toile du net comme moyen pour la promotion des échecs Marocains.

Mais voilà, depuis les premiers pas de Maroc Echecs, nous avons été combattus par toutes les manières. Dans une première étape par des insultes graves répétées et qui n’ont épargné aucun de nos administrateurs.

Toi-même, quand tu es devenu actif et que tu t’étais rangé au côté de Maroc Echecs, tu en as reçues quelques unes dans ta boite de messagerie, d’autres à travers le forum public.

Dans une seconde étape, la FRME a commencé son processus très risqué en pénalisant toutes personnes ou clubs ayant montré de la sympathie pour Maroc Echecs avant de passer à la suspension pure et simple.

Notre première réaction était de dénoncer fortement ces processus sur Maroc Echecs.

Mais en décembre 2005, la FRME passe à la vitesse supérieure et s’offre sa première proie de choix, en l’occurrence Ali Sebbar, privé du tournoi de Feu Sekkat, puis du championnat national à Tétouan. Ce jour- là, la totalité des dirigeants de clubs marocains était pour le président de la FRME, leur M. Amazzal, et le suivaient aveuglément dans toutes ses décisions.

L’assemblée générale étant prévu le 26 février 2006, on assista au lynchage général d ’Abdelhafid Elamri, suspendu pour 20 ans ! Quant à moi, l’assemblée générale a été clémente, j’en ai eu que pour 5 ans de suspension.

Le climat est devenu malsain. La FRME a franchi le point de non retour. Les suspendus cherchèrent une justice. La fide a été saisie. Le dossier de l’arbitrage a explosé. La FRME a été suspendue en 2007 pour 2 ans, le président de la FRME pour 3 ans. Le compte était bon !

QUESTION : Peux-tu expliquer, ou au moins avoir une idée à nous donner sur les motivations profondes de cette, disons-le carrément, chasse aux sorcières ?

Je pense avoir été assez clair dans mon cheminement concernant l’affaire de l’arbitrage Marocain. Notre pays est rongé par les pires des fléaux : La corruption. Elle fait partie de notre culture et est l’une de ses solides ossatures.

Ce n’est pas par hasard que dans le discours royal du 30 juillet 2008, SM le Roi nous annonçait que, et je cite la traduction parue dans les journaux "Dans le cadre de la moralisation de la vie publique, il faudrait procéder à l’installation de l’Instance centrale pour la Prévention de la Corruption.".

Notre organisation échiquéenne n’a pas échappé à la règle, rongée par l’injustice, la falsification et j’en passe...., elle représentait un échantillon fidèle de notre société marocaine.

Je vais te raconter une anecdote. Je suis parti au Maroc, cet été, deux fois. Lors de mon passage à Sebta le 8 août, j’ai assisté à la scène suivante (et je ne suis pas surpris ! Par contre un européen serait médusé) : c’était vers minuit, notre bus de voyageurs a été arrêté. Les douaniers ont malmené les valises des voyageurs pour intimider les conducteurs du bus et leur exiger de régler une certaine somme d’argent (plus importante que prévu). Les conducteurs ont fini par obtempérer et régler cette somme devant les vingtaines de valises jetées par terre (Dont mon inséparable sac à dos qui faisait partie de ce lot).

Les temps sont apparemment durs ; les prix du pétrole et du gaz ont grimpé. La corruption réagit et suit le rythme. Décidément, le Maroc est difficile à changer. La corruption est dans la peau.

Je ne peux que conseiller de relire les péripéties turinoises pour répondre amplement à ta question.

QUESTION : Effectivement, les célèbres péripéties turinoises en disent long sur des comportements que l’on pourrait qualifier tout bonnement de scandaleux, mais tout de même Abdelaziz tu ne trouves pas étrange cette sorte de "s’en va-t-en guerre" contre le site Maroc Echecs dès sa naissance par le président démissionnaire ?

Avait-il vraiment "peur" du site et de ses fondateurs au point de se lancer dans une démarche autoritaire et aveugle ? Qu’en penses-tu ?

L’ enseignement qu’on peut tirer de cette malheureuse expérience est que la FRME a payé le plein impôt. Il ne faut jamais empêcher les gens de s’exprimer quelques soient leurs opinions. Remarque au sein de Maroc Echecs, nous avions instauré un climat de grandes libertés d’opinions. La différence reste le maître mot. Combien de désaccords et combien de débats intenses n’avons nous pas connu ! Cela n’a cependant pas affecté nos relations, ni créé des animosités.

Au contraire, nous sommes sortis enrichis de ces expériences. La FRME a joué avec le feu en essayant de nous étouffer par tous les moyens à sa disposition.

QUESTION : Mais ton sentiment, tu dois bien avoir une idée, plus au moins, précise sur ce "comportement" du président démissionnaire que l’on dit pour les uns aveugle, autoritaire et systématisant la surenchère et pour les autres tout à fait juste dans sa réaction "légitime" contre les forces de déstabilisation qui veulent à tout prix la "peau" du président à des fins personnelles ?

C’est un dossier très compliqué que celui du comportement de la FRME vis-à-vis de Maroc Echecs. Si je peux le résumer, je dirais que la FRME, dirigée par son président de l’époque, a mal géré cette affaire dans toute ses facettes. Un site pour les échecs marocains était certainement une bonne initiative vu notre faiblesse dans ce domaine.

Internet était le parent pauvre de la stratégie fédérale ...., ce n’était pas son talon d’achile puisque la majorité des fédérations internationales s’initiaient au domaine..., mais il y avait une nouvelle donne très importante. Internet devenait brusquement une fenêtre idéale pour l’échange des informations et le suivi de l’actualité échiquéenne.

La FRME est restée les bras croisés et n’a pas suivi la tendance. Elle n’a pas senti le danger et au lieu de contrebalancer le poids que Maroc Echecs prenait de jour en jour, par exemple, en créant rapidement un site fédéral, la FRME chercha à nuire à cette expérience, et a axé tous ses efforts dans ce sens.

La FRME pouvait encore rectifier le tir ..., mais malheureusement, elle continua sur ce chemin. Le 26 février 2006 était le tournant avec la suspension sans raison valable du rédacteur en chef de Maroc Echecs. La boite de pandore venait d’être ouverte. La guerre devenait impitoyable. La FRME avait franchi le point de non retour. Tous les coups étaient devenus permis. La justice est cherchée ailleurs puisque les présidents des clubs avaient failli à leur mission. Les hostilités se terminent par une défaite cuisante de la FRME. Le déshonneur international et une sale image qui vont la poursuivre pendant plusieurs décennies .

Voila où nous a mené la stratégie fédérale bénie par les clubs marocains excepté une petite poignée de clubs qui se comptent au nombre des doigts de la main !

QUESTION : N’as-tu jamais ressenti, ou espéré, à un moment ou à un autre, que tous les "problèmes" avec l’ex-président pouvaient s’effacer pour laisser la place à un travail de développement commun des échecs marocains. C’est à dire entre la FRME et Maroc-Echecs (information) ? Aucune lueur n’apparaissait à l’horizon ?

Il n’y a eu à aucun moment une occasion d’un travail commun. Comme projet , Maroc Echecs a été refusé par la FRME. Tu te rappelleras sans doute du fameux rapport moral du 26 février 2006. Selon ce rapport, la FRME avait le monopole de l’information échiquéenne et aucun site sans son accord n’avait le droit de traiter les échecs Marocains.

Quant à l’ouverture, même dans les moments les plus difficiles, j’ai pris l’initiative d’appeler directement le président de la FRME. Malheureusement, il faut le dire, c ’est quelqu’un de très têtu et surtout mal conseillé par son entourage . Il a toujours montré son étroitesse d’esprit et devenait de plus en plus dur. De manière invraisemblable, il n’arriva pas à faire machine arrière. A partir du 26 février, tous les ponts ont été coupés. On assista à une escalade avec une fin tragique : la FRME fut suspendue par la FIDE !

Question : A propos de cette initiative de ta part de contacter l’ex-président, était-ce un élan de générosité ou une tentative de trouver une issue inespérée ? Avais-tu un quelconque espoir en ce sens ?

Il était question d’arrêter les escalades. Car, en fin de compte, nous étions tous perdants. Il serait idiot de parler de victoire d’un camp sur un autre. Chaque jour de ce combat destructeur était synonyme d’une brique qui s’arrachait de la FRME. Nous sommes à peine un millier de passionnés des échecs au Maroc, la majorité de nos membres étant inactifs.

Nous sommes donc menacés dans notre existence. Le président de la FRME était le chef de notre tribu. Il avait la responsabilité de nous mener à bon port. Malheureusement, il était un mauvais chef incapable de nous rassembler. Il concevait autrement les relations entre un président et un dirigent ou un joueur. Je dirais même qu’il se comportait souvent comme un méchant sultan des milles et une nuit.

J’ai beau essayé de le raisonner mais en vain. Mais tu sais, les conseillers, il en avait plein. La plupart étaient de vrais diables, pour chaque sale coup, il trouvait des complices à la pelle, que ce soit pour sanctionner ou pour autre chose.

L’espoir que cela change était toujours présent. Mais nous avons tous été rattrapés par la sévère sanction de la FIDE qui a mis un terme à ce combat malheureux, la FIDE nous a imposé la paix en explosant notre maison mère ! En toute logique, le bureau de la FRME, en entier, devait démissionner. Que du contraire ! Ils sont toujours là plus actifs qu’avant ! Pire que cela, tu meurs !

A suivre...


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