I- Mat en 3 coups
... “L’ une des plus belles combinaisons des échecs a une histoire unique, elle prend ses sources dans l’âge d’or des échecs arabes, un joueur d’échecs arabe qui a tout perdu dans ces paris répétés face à un adversaire coriace n’a plus que sa femme à parier. La femme consciente que son mari ne doit pas perdre cette ultime partie, lui souffla une combinaison qui restera dans les annales « Sacrifie les deux tours et sauve moi »”.
Ce qui m’avait le plus attiré étaient les commentaires que j’ai lus avec patience. Une première impression qui risquait d’être commune à bon nombre de ces commentaires est la forte présence du point d’interrogation ( ?) synonyme peut être d’un terrible manque dans l’information au sujet des échecs arabes !
Ce texte ne va pas tenter de répondre à ces ( ?) ni évoquer la question des réalisations arabes dans ce domaine mais traitera uniquement l’exemple (I) dans le cadre de l’histoire accompagnatrice en prenant compte d’un élément essentiel à savoir l’esprit de “symbolisation” qui régnait à l’époque d’une manière intensive, d’ailleurs dans tous les champs ; culturel, scientifique et humain. Au 9 ème siècle les spécialistes étaient en pénurie et le public favorisait la voie orale. De ce fait il fera plutôt objet de proposition à débattre dans sa globalité.
Proposition qui nous fera entrer dans un monde parallèle : le monde de la composition échiquéenne : une vue d’ensemble qui trouvera suite dans de prochains articles.
I. Indépendance : La composition échiquéenne est une branche indépendante de l’activité échiquéenne consistant en l’utilisation d’éléments tirés ou dérivés du jeu d’échecs pour la création d’effets artistiques ou de constructions particulières, sous la forme de compositions échiqueènnes*.
Devinette
Et si l’on prenait le mari, joueur parieur pour un solutionniste et l’adversaire coriace pour le compositeur du problème (I), "Qui" serait alors la femme ?!
Ma femme, mon intuition
Comme au bon vieux temps de nos ancêtres, le symbolique représente toujours la créativité - je pense plus à l’algèbre-. Il fut également un moyen efficace pour faire passer le message entre des compositeurs avertis et un public de joueurs fiers de défier les maîtres du désert. Nous allons donc représenter cette petite belle histoire unique si signifiante sur un autre support, celui du raisonnement.
Dans cette histoire la femme n’est que l’idée instinctive qui découle de l’analyse préliminaire se déroulant dans le conscient (ou l’inconscient ?) de son mari (le solutionniste) à travers la première impression qu’il a manifestée lorsqu’il regardait la position sur l’échiquier au premier contact. Elle représentait tout simplement son intuition ! L’intuition humaine ne continue-t-elle pas de faire la différence entre l’homme et la machine, de faire de Kasparov et bien d’autres des humains incompréhensibles au sens des concepteurs de Deep Blue par exemple ?! En terme de composition, cette "analyse préliminaire" s’appelle, sous sa forme actuelle "le jeu apparent", tandis que le mari n’est autre que le solutionniste ; esprit décideur final du tableau de mat. En d’autres termes celui qui doit s’inspirer de l’idée instinctive afin présenter la version finale : le mat, suite à une analyse plus profonde et optimale en réponse à l’optimalité préméditée du compositeur qui n’est autre cette fois-ci que l’adversaire coriace.
A la fin de l’histoire le maître a gagné la mise parce qu’il avait une bonne idée de départ (Femme ? Intuition ?)
Ainsi la phrase : "Sacrifie les deux tours et sauve-moi" n’est autre que l’expression naturelle symbolisant le jeu apparent dans cette combinaison. On peut remarquer toutefois la divergence qui existe entre le fait de sacrifier les deux tours dans une telle position et la clé : sacrifice du cavalier sur h5.. suivi de celui de la tour sur g6 contre un cavalier adverse qui ne sert pas à grand-chose dans un certain sens. Cependant, cette divergence n’est, elle-même qu’apparente si l’on se rappelle qu’à cette époque-là les oeuvres composées étaient d’une simplicité presque évidente à tel point que les compositeurs trouvèrent presque difficilement des jeux apparents eux-mêmes aussi simples et primitifs. Cette simplicité est tout à fait normale et trouve bénédiction dans le fait que le problème de jadis était encore sur ces premières marches, un peu comme l’épanouissement de chaque science ; on commence par l’évident autour de sois avec la contrainte du manque de ressources d’inspiration pour finir avec l’espoir émergeant vers le complexe en s’inspirant continuellement des évidences récoltées au fur et à mesure.
En conclusion, ce n’est pas seulement le monde arabe qui vit dans l’ignorance totale de son histoire (ou son passé) mais bien le monde entier s’il l’on considère que les échecs ne font qu’un élément parmi d’autres dans la mosaïque diversifiée de la culture humaine universelle. Un élément d’une élégance extraordinaire qui ne cesse de se peaufiner.
Mustapha BAKANI
*definition possible ultérieurement







