Quelques points forts de sa carrière
• Je ne voudrais point évoquer, ici, en détail la carrière riche et très variée de F. Campomanes ; ceux qui veulent avoir des données complémentaires pourront consulter le site Chess base, ou cliquer tout simplement sur le nom du défunt à travers le moteur de recherche Google , Vive l’Internet !
• L’on peut retenir, dans cet article, qu’il s’agit d’un personnage qui a joué un rôle primordial dans la vie échiquéenne de son propre pays, les Philippines, qui devait le propulser sur les devants de la scène internationale. Campomanes (Campo pour ses intimes), né le 22 février 1927 a poursuivi de brillantes études de droit couronnées par un Doctorat décerné par l’Université Goergetown aux Etats-Unis en 1952, avant d’enseigner la science politique à Manille. Il s’adonnait parallèlement à sa passion pour les échecs, alliant la compétition et le travail journalistique, remportant deux fois le championnat de son pays et faisant partie de son équipe nationale aux diverses olympiades. Il devient Arbitre International en 1957, représentant permanent des Philippines auprès de la FIDE (1956-1982), avant d’accéder à la présidence de cette même instance internationale (1982-1995). Mais c’est sa contribution en tant qu’organisateur d’importantes manifestations internationales qui a bâti la réputation de Campomanes dans son pays et aux delà des ses frontières, dont la célèbre confrontation pour le titre suprême, en1978, entre Karpov et Korchnoi ; sans oublier son amitié avec Robert Fischer et ses tentatives incessantes, mais - hélas- sans succès, de le faire revenir sur sa décision de quitter le monde de la compétition. Mais ce sont ses liaisons étroites avec le dictateur déchu, Ferdinand Marcos, qui auront suscité de vives polémiques dans son pays, allant jusqu’au recours à la Cours Suprême pour gaspillage de fonds publics à l’Olympiade de Manille 1992, qui l’a, toutefois, innocenté. Enfin son empreinte est bien perceptible concernant le développement des échecs en Asie, en Afrique et en Amérique Latine, durant son long passage à la tête de la FIDE. C’est lui qui fut l’instigateur de la création de la CACDEC (Commission pour la promotion des échecs dans les pays en développement) ; C’est lui, encore, qui a appuyé l’organisation, pour la première fois, d’une Olympiade dans un pays arabe ( Dubai 1986), sans la présence d’Israël !. En 1996, Campomanes, fut désigné en tant que Président d’Honneur de la FIDE, une institution qu’il aura servi durant plus d’un demi siècle et qui s’est hissée, en partie grâce à sa contribution, au rang des toutes premières fédérations sportives internationales en nombre d’adhérents : 166 pays actuellement…
Rencontre à Tripoli…
• En novembre 1981, j’allais vivre à Tripoli (Libye) les péripéties du Premier Zonal Africain d’Echecs (Voir mon article sur le sujet, publié le 4 juillet 2005). Sollicitant l’aide des organisateurs pour acheter des piles pour ma petite caméra de fortune, Je fus emmené en centre ville vers un grand espace commercial. Quelle fut ma surprise d’être accompagné par un certain…Florencio Campomanes, en visite à Tripoli, amorçant déjà sa campagne pour la présidence de la FIDE, prévue en décembre 1982 ! IL devait acquérir des costumes et de nouveaux habits pour avoir perdu sa valise lors de son voyage ! Je découvris une personne affable pleine d’humour, qui se flatta de son amitié avec Feu Bakkali, alors président de la FRME, avec qui il partage la maîtrise de la langue espagnole. Au cours des diverses réunions interminables, à caractère plutôt politique, aux quelles nous devions assister, M Elamri et moi, F. Campomanes, tout en ménageant les autorités libyennes dans leur tentative de condamner les Etats-Unis pour avoir refuser le Visa à la délégation libyenne voulant se rendre à un congrès de la FIDE à Los Angeles, faisait preuve de ses qualités de communicateur et son sens de pragmatisme, atténuant les ardeurs des irréductibles de la zone africaine, afin de ne pas compromettre ses chances de gagner la future bataille de la présidence de la FIDE. Ce fut un pari réussi, le communiqué des fédérations appartenant à la zone Afrique, adopta plutôt un ton modéré, et Campomanes en sortit, de surcroît, avec un soutien total pour sa future candidature, et il devait succéder à Luzerne (Suisse) en décembre 1982 à l’islandais, F. Olafsson devenant, ainsi, le premier président de la FIDE en dehors de la sphère occidentale.
Campomanes à Chefchaouen !
• Au printemps 1984, Alouane Fannia devait accueillir, à Chefchaouen, sous l’égide de la FRME, le 15éme Championnat Individuel National, un défi organisationnel important puisqu’on devait recevoir plus de 70 personnes entre joueurs, arbitres et cadres de la fédération durant dix jours, avec de multiples activités parallèles.
• A 48 heures du coup d’envoi de la compétition prévu le 22 mars, Feu Bakkali me téléphona pour m’annoncer fièrement que nous aurons la visite de Florencio Campomanes, qui s’étalera sur trois jours, et qu’il faudrait préparer un programme spécial en l’honneur de notre illustre hôte. Nous avons, donc, fait de notre mieux pour bien recevoir la président de la FIDE : Réceptions de Gala au sein de nos maisons familiales, Rencontre avec le Gouverneur de la province, meeting et conférence de presse avec tous les participants au championnat du Maroc, dans la quelle j’assurai, tant bien que mal, la traduction des questions et réponses, et enfin une simultané au cours de laquelle Campomanes affrontait le 25 mars 1984, au terme de sa visite, une vingtaine de jeunes joueurs locaux (avec le score de +17 =1 -2).
• Campomanes était apparemment ravi de son voyage à Chefchaouen, une bourgade qui semblait inaperçue sur la carte du pays, dans laquelle il découvrit une ambiance échiquéenne extraordinaire, un public passionné du noble jeu, et une compétition nationale dont l’organisation, le niveau et l’esprit sportif sont dignes d’un grand championnat national. Il en gardait un souvenir inoubliable une image gravée dans sa mémoire. A chaque fois que l’occasion se présentait pour le rencontrer, au cours des olympiades par exemple (1984, 1986, 1988 et 1990 notamment) ce sont toujours les accolades et l’évocation de ses moments passés à Chefchaouen.
• L’année suivante, en octobre 1985, lors du Festival Arabe des Echecs (troisième championnat arabe individuel) organisé à Tétouan, il a tenu encore à faire un saut discret à Chefchaouen.On a joué à Tétouan des dizaines de parties de blitz, durant les quelles il a démontré son talent de tacticien redoutable, accompagné de ses commentaires pleins d’humour.
Un autoritaire à visage humain…
• Au delà , de la stature internationale qu’il a acquise, Florencio Campomanes est resté profondément humble et humain. Ces penchants autoritaires, souvent critiqués, reflétaient plutôt une forte personnalité, mise au service d’une noble discipline qu’il a tout fait pour qu’elle acquière la place qu’elle mérite sur la scène sportive internationale.
• En février 1985, il soulevait un tollé de critiques après sa décision de « suspendre » le match pour le titre mondial entreKarpov et Kasparov, qui s’éternisait, à Moscou depuis cinq mois, dépassant l’entendement humain. Anatoly Karpov qui menait avec le score 5-3, diminué ses forces physiques, paraît incapable de conserver son titre, même si il ne lui restait qu’une seule partie à gagner.... Des nullités interminables se succèdent nuisant à l’image du noble jeu chez les médias et auprès de l’opinion pulique internationale... Campomanes, prit alors, la décision la plus controversée de sa carrière. IL revenait aux règles conventionnlles régissant le Championnat du Monde d’Echecs en instaurant un match en nombre déterminé de parties.Il affrontait ses détracteurs, le taxant de partialité, avec courage et fermeté. Un championnat du Monde doit obéir à des règles humaines dit-il et non se transformer en un combat à mort, tel à l’époque des gladiateurs…
• Tout au long de sa présidence qui durait plus de treize ans, il défendait avec force et conviction les intérêts de la communauté échiquéenne internationale, n’hésitant pas à attirer les foudres de Kasparov et certains GM de premier plan. Ses adversaires qui ont claqué alors les portes de la FIDE, devaient reconnaître ultérieurement qu’ils sont allés un peu trop loin… Mais c’est surtout la vocation universelle qu’il a imprégnée à cette instance élitiste , qui a métamorphosé le paysage échiquéen planétaire…bien avant la vulgarisation de l’Internet, outil par excellence de la mondialisation échiquéenne.






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