Accueil du site - m. Arbitrage

L’Arbitrage Marocain en question...

publication dimanche 11 décembre 2005. Enregistrer au format PDF
Digg Del.icio.us Facebook Google Technorati Live Scoopeo Wikio Furl Blogmarks Reddit Mister wong


L’arbitrage marocain est au centre du débat sur le site Maroc-Echecs. Des articles fort documentés en sont consacrés, s’inspirant parfois de l’expérience de la Fédération Française des Echecs (FFE). Il est devenu une matière de discussions et de polémiques, notamment suite aux révélations scandaleuses concernant la falsification des rapports de tournois envoyés à la FIDE ; Rien ne justifie une pratique frauduleuse et illégale, même s’il s’agit de doter notre pays d’une cohorte d’arbitres internationaux ; et même si les personnes proposées possèdent toutes les aptitudes et les compétences intrinsèques pour mériter de tels titres. Un sondage « on ligne » est proposé par notre hyperactif ami Abdelaziz Onkoud afin de trancher sur l’opportunité de porter plainte doublement à l’honorable FIDE, et l’instance de tutelle, le département du sport en l’occurrence. C’est pourquoi j’ai estimé utile d’intervenir pour évoquer certains faits d’histoire et d’essayer de clarifier quelques aspects de cette délicate question.

Il est évident que l’arbitrage est la pièce maîtresse de toute compétition sportive. Aux échecs, c’est le garant de la réussite technique des tournois, de la confiance entre joueurs et organisateurs et de la bonne ambiance qui doit régner dans la salle de compétition. Le rôle de l’arbitrage est d’autant plus décisif qu’il touche aux aspects divers, tels que les appariements, l’application des règlements, les conditions du jeu à l’intérieur de la salle et ...les litiges ; La nature des enjeux rend, souvent, la tâche des arbitres fort délicate ; L’époque ou l’amateurisme simple et pur, et l’amabilité naturelle entre les joueurs est, hélas, loin derrière nous ! et c’est bien vrai dans toutes les autres compétitions sportives.

La FRME n’a commencé vraiment à prendre conscience de l’importance de l’arbitrage qu’avec l’avènement de Feu Mustapha Bakkali à la tête de la Fédération. Car avec l’organisation devenue plus régulière du championnat individuel marocain, du championnat junior, des compétitions par équipes, la présence d’arbitres (non joueurs comme par le passé) s’est avérée nécessaire pour le bon déroulement des tournois fédéraux.

Sous l’impulsion de Monsieur Mohamed Hossein Bahaoui, secrétaire administratif de la FRME, doyen des arbitres marocains, homme d’une grande culture échiquéenne, l’arbitrage en tant qu’activité autonome commença à prendre forme ; Ainsi, par exemple,le système suisse fut introduit pour la première fois au championnat individuel tenu en juillet 1975 à Rabat. M.Bahaoui fut le modèle d’arbitre compétent et intègre ; Il a contribué, directement ou indirectement, à l’initiation et la formation de nombreux cadres nationaux dans ce domaine. Je l’ai côtoyé personnellement depuis ma première participation au championnat individuel (Tétouan 1976) ou il fut l’arbitre principal ; J’ai admiré , sa réserve naturelle, son intégrité et sa précision qui forçaient le respect de tous les joueurs. Il fut par ailleurs le premier marocain à avoir obtenu ce titre d’Arbitre International FIDE ( 1981). Monsieur Bakali, en était fier puisque,selon lui, il a propulsé une personne qui honore notre pays au niveau arabe et international.

Mais il fallait attendre 1982 (du 4 au 6 juin ) pour que la FRME prenne l’initiative d’organiser son premier stage de formation d’arbitres à Fes, encadré par le seul maître Bahaoui, avec la participation de 18 joueurs et dirigeants. Il a permis de choisir et nommer les premiers arbitres nationaux de la fédération. Il sera suivi par la deuxième édition tenue du 29 au 31 juillet 1983 à Tétouan, dirigée par M.Bahaoui lui même et encadrée par Messieurs EL Akel, Bay et Ajerti.

La « première rencontre arabe des arbitres » fut organisée à Tétouan du 14 au 17 octobre 1985 , parallèlement au troisième championnat arabe individuel, comportant un stage encadré par messieurs Hamaouia (Syrie) et Kaderi (Tunisie).Il aura incité la FRME à proposer et faire désigner 3 nouveaux arbitres internationaux par la FIDE, Messieurs : Abdelwahid El Akel, Abdelahafid Elamri et Mokhtar Bay.

A vrai dire, Feu Bakkali était toujours réticent quant à la prolifération de titres d’arbitres internationaux, contrairement à ce qui se pratiquait ailleurs... en Tunisie, Libye et les Emirats Arabes Unis. estimant, à juste titre, qu’un arbitre international doit faire honneur à son pays, et être au niveau des européens. Mais son erreur majeure fut de frustrer les arbitres marocains, pour des raisons internes, de la participation aux olympiades de Dubai 1986 ; alors que notre fédération avait la possibilité d’envoyer une douzaine d’arbitres, sur proposition insistante de la fédération des Emirtats, impressionnée par la superbe organisation du Festival Arabe à Tétouan en 1985. Malheureusement aucun cadre marocain n’y fut présent, à l’inverse des tunisiens par exemple, qui étaient venus en nombre et en force.Pour l’histoire, ce fait fut la raison principale de la dislocation de l’équipe fédérale de Tétouan et la non élection de Monsieur Bakkali, qui présenta isolé, sa candidature en décembre 1986 face à Monsieur Haloui.

Avec le départ de Bakali et les problèmes surgissant suite à l’élection de M.Haloui , et la transition nécessaire après l’arrivée de Monsieur Fassi Fihrien 1988 . La question de la formation d’arbitres nationaux fut reléguée au second plan. Le troisième stage ne fut organisé que 7 ans après la deuxième édition, à savoir du 4 au 6 mai 1990 à El Jadida. J’ai pris part à ce stage en qualité d’encadrant, à coté de Messieurs, Bahaoui, Bay et Abdelmajid Rian, avec la présence de 38 participants : dirigeants et joueurs. Quatre thèmes principaux furent explorés en profondeur : Le règlement international des échecs (Bahaoui) Le système suisse (Bay), le classement Elo (A.Rian), tandis que j’ai traité moi-même de la relation arbitre /joueur. En fin de stage Monsieur El Fassi avait pris la décision de nommer une vingtaine de nouveaux arbitres nationaux , constatant qu’aucun arbitre marocain ne fut désigné au cous des cinq dernières années .J’étais franchement contre cette approche, estimant qu’il faudrait tester les connaissances des candidats à travers un deuxième stage et évaluer leurs prestations pratiques lors des prochaines compétitions nationales. Il était temps à mon avis de devenir plus rigoureux concernant les critères de sélection et de désignation d’arbitres nationaux. J’ai même proposé d’instaurer une hiérarchie en matière d’arbitrage, à l’instar de ce qui’ est pratiqué en France et en Espagne.cependant l’abscence d’une politique stable, claire et permanente en matière d’arbitrage, rendaient éphémères toutes les propositions et les bonnes idées formulées par d’autres cadres et spécialistes du domaine.

Maintenant, avec le développement des compétitions échiquéennes, au niveau national et régional, la multiplication de tournois dotés en prix financiers, la complexité des règlements, les prérogatives accordées à l’arbitre pour trancher certains cas litigieux, l’introduction de l’informatique et l’utilisation de l’Internet pour le transfert des données et la publication des parties on ligne, l’instauration d’un solide comité national d’arbitrage, avec l’indépendance nécessaire et les moyens d’action minimaux est primordial. Il faut que le(s) président (s) de la FRME cesse d’utiliser l’arbitrage comme carte électorale et outil de distribution de faveurs. Les derniers incidents survenus lors derniers championnats nationaux (Meknes avril 2005 par ex), soulignent la nécessité de la présence d’arbitres compétents et intègres.

Heureusement, malgré ces critiques, notre pays dispose d’excellents arbitres méritant l’obtention du titre international sans avoir besoin de dossiers gonflés ou falsifiés. Je ne citerai pas de noms, car mes propos n’ont rien avoir avec les querelles de personnes. Les tournois homologués par la FIDE sont actuellement plus nombreux que par le passé offrant des chances à nos arbitres compétents de compléter leurs normes, dans le strict respect de la légalité et des règlements stipulés. Il faudrait également faire appel à toutes les compétences en la matière pour, arbitrer, encadrer des stages et partager leurs expériences avec les nouveaux. A titre d’exemple je ne comprends pas pourquoi on marginalise un cadre aussi compétent et toujours actif comme Mokhtar Bay, écarté des derniers tournois organisés par la FRME, y compris le Trophée Feu Sekkat.

Enfin je reviens sur la question de départ relative aux dossiers de candidature adressés à la FIDE et le sondage formulé par monsieur Onkoud. J’estime personnellement que notre Fédération doit envoyer un rectificatif à la FIDE concernant les données de la finale du championnat par équipes (Meknes, août 2005), afin de les soustraire des tournois homologués pour l’obtention des titres d’arbitres internationaux. Ce geste va prouver le sérieux et la crédibilité de la FRME, qui demeure, je le rappelle une fois encore, une instance qui appartient à tous les clubs marocains. Je ne suis pas de l’avis d’impliquer une quelconque autorité de tutelle dans nos affaires techniques internes. J’espère bien que le président en exercice de la fédération et le bureau fédéral seront à la hauteur de la situation et que , dorénavant, tout le monde sera plus attentif à ce genre de pratiques...


Répondre à cet article