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Péripéties turinoises (5)

Quitte ou double

Publié le lundi 11 septembre 2006. Enregistrer au format PDF


Quand Ismaïl Karim arriva à Turin, tout se passa normalement, il rejoignit les rangs de la sélection nationale, occupa le 3è échiquier et commença les olympiades comme titulaire à part entière.

Les rondes défilèrent, puis arriva un soir pas comme les autres : le lundi 29 mai. Hassan Semlali s’est rapproché d’ Ismail Karim… (Ce jour-là, le Maroc avait été sèchement battu par la Malaisie 3,5 à 0,5 …Cette défaite avait fouetté l’équipe Marocaine qui, revancharde, avait repris confiance la journée suivante en battant le Liban, puis l’Italie C….). Ce soir-là, Ismaïl Karim allait découvrir la raison cachée de sa sélection.

Lui qui pensait que Amazzal l’avait retenu pour compenser ou réparer l’injustice commise lors du zonal de Taza en 2005 ! Il n’en était rien. Rien de tout de cela. Amazzal avait préparé en secret avec Hassan Semlali et Hicham Fourane un petit rôle dans une grande comédie, rôle que notre Ismaïl Karim allait devoir jouer en temps voulu, en reconnaissance de sa sélection.

Et le temps était venu, Hicham Fourane, quelques jours avant, avait fait une première allusion à Karim Ismaïl. Au cas où la Commission d’éthique de la FIDE devait le contacter, il suffisait à Ismaïl de formuler juste une réponse, une seule : « je n’appartiens pas au clan des indignes signataires de la plainte adressée à la Fide par plusieurs joueurs et arbitres marocains ». C’est ainsi que la FRME pensait contrecarrer la plainte et provoquer son rejet pur et simple ! Il suffisait selon la FRME que Ismaïl, un des quatre mousquetaires de Maroc Echecs, se rétracte et nie. Et le tour était joué.

Après tout, on lui avait offert Turin et les Olympiades de sa vie. Quel beau cadeau ! Et il est venu et il a joué. Il est donc heureux, extasié, qu’est ce qui l’empêcherait d’aller dire trois petits mots à la Commission : It’s not true ! not me ! Amazzal is a postman ! He’s clean !

Ce soir du 29 mai 2006, Hassan Semlali avait pour mission de convaincre Ismaïl Karim et de s’assurer à cent pour cent que ce dernier allait jouer le rôle préconçu par la FRME sans la moindre surprise. Hassan Semlali annonça à Ismaïl Karim qu’il (Ismaïl) était convoqué par la Commission d’éthique et qu’il devrait répondre à plusieurs questions devant des arbitres de tous pays notamment de ceux des pays concernés par l’affaire de l’arbitrage Marocain.

Quelle n’était pas la surprise d’Ismaïl Karim quand il eut connaissance de cette convocation imminente, lui qui était venu à Turin pour jouer aux échecs, le voilà devenu un potentiel témoin que la FRME voulait utiliser à son actif pour tirer son épingle du jeu et s’en sortir du terrible piège de l’arbitrage. Ismaïl Karim venait de comprendre enfin pourquoi il était à Turin !

Hassan Semlali demanda à Ismail Karim de mémoriser des réponses déjà conçues par la FRME à des questions possibles de la commission d éthique. Surtout, il leur fallait cette réponse précieuse d’Ismaïl Karim : « Je n’ai pas signé cette plainte »…Toute autre question de la commission d’éthique ne serait même plus nécessaire, vu qu’il aurait nié toute implication dans ce grand complot perpétré contre la FRME.

Karim Ismail résista facilement à Hassan Semlali même si la discussion allait durer jusqu’aux petites heures, jusqu’à 3h du matin précisément. Ismaïl Karim affirma plusieurs fois qu’il ne dirait que la vérité ! Semlali a quand même gardé espoir en pensant que la nuit porterait conseil à Ismaïl. Quand ils se sont quittés, il était toujours question pour Ismaïl de se présenter à la Commission d’éthique au matin, le mardi 30 mai à 9h en compagnie de Hassan Semlali.

Ismaïl Karim se réveilla comme convenu vers 8 heures, mais Hassan Semlali n’est pas venu au rendez-vous… La nuit lui a porté conseil à lui, pas à Ismaïl. Ce garçon à la mentalité française n’avait pas l’air de céder. Il n’était pas à vendre. La scène de la soirée était juste une opération montée de toutes pièces afin d’utiliser Ismaïl au profit des plans de la FRME. Hassan Semlali avait compris que la piste Ismail Karim serait néfaste pour la FRME et ne devait plus faire partie du plan défensif du dossier compliqué de l’arbitrage Marocain.

En fait, aucun membre de la commission d’éthique n’attendait Ismaïl Karim… Pas plus que Semlali. C’était Hassan Semlali qui allait de sa propre initiative chercher les membres de cette commission et provoquer une rencontre avec Ismaïl après lui avoir lavé son petit cerveau. Mais la ruse a échoué face à l’honnêteté.

L’opération « Ismaïl » fut un fiasco total pour la FRME. Encore une fois, les émissaires d’Amazzal échouèrent… Mais ils avaient encore d’autres cartes à jouer…

Turin 2006 : de gauche à droite.

Hicham Hamdouchi , Abdelaziz Onkoud , Tarik Rrhioua , Jacques Elbilia et Karim Ismaïl.

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